Marc DESPLOS

 

Marc Desplos : Contribution à la question du langage dans la pensée « tardive » de Heidegger

 

Présentation :

 

Mesdames et messieurs bonjour,

 

 

Je tenais à entamer cette défense en remerciant les personnes ici présentes, en premier lieu, les professeurs A. Schild et Ingeborg Schüssler qui ont eu l’obligeance de bien prendre en considération mon travail en le lisant tout d’abord, en y apposant quelques améliorations et en participant enfin activement à la présente défense. Je remercie également les autres personnes dont la présence témoigne à la fois de l’intérêt porté à mon travail, de leur soutien et sympathie (sun-avec : pathein : ressentir, subir : souffrir avec) envers moi. 

 

Ma présentation ne va pas tant chercher à résumer les différents développements de mon travail qu’à dévoiler quelques idées sous-jacentes qui soutiennent celui-ci, le nourrissent.

 

Le présent travail, qui est une contribution à la question du langage chez Heidegger, est en effet nourri d’une interrogation première personnelle. Celle de savoir ce qu’est la poésie ? Est-elle simplement un genre littéraire, un exercice spécifique dans le domaine de la littérature, quelque chose qui rime, quelque chose de simplement bien écrit, de beau ? Est-elle seulement, comme le définit le dictionnaire, un art de combiner les sonorités, les rythmes, les mots d’une langue pour évoquer des images, suggérer des sensations, des émotions ? N’y a-t-il pas autre chose d’éprouver à la lecture d’un poème, notamment l’ouverture d’un monde ?

Il faut bien convenir d’une chose : le poème n’a plus sa place à notre époque, ou pour le moins il est un mode marginalisé et désuet du langage. Jean Beauffret dans son écrit de 1974, du logos au langage, s’interroge ainsi : Dans le domaine de la langue le poète serait-il un intrus ?

Heidegger quant à lui, constatant la puissance toujours amoindrie à notre époque de tout art et en particulier du poème, dit dans son séminaire sur les hymnes de Höderlin 20 (32) :

Ein Gedicht, dünn, ohne Wiederstand, verschwebend, abseitig und bestandlos, das gehört nirgendwo mehr hin. /

Un poème ténu, impalpable, évanescent, aberrant, inconsistant, cela n’a plus sa place nulle part.  

Heidegger justement, et c’est là l’intérêt que mon travail lui porte, rend manifeste cette désuétude du poème, ce non-lieu dans lequel il se trouve, bien autrement que par le goût changeant des sociétés. Il fonde cette marginalisation du poème, pour ainsi dire, onto-logiquement. En effet, le langage, dans notre monde occidental gouverné essentiellement par les progrès technologiques et scientifiques, est appréhendé comme un système de signes (signifiant-signifié) propre à transmettre de l’information. Le langage est, autrement dit, moyen de communication. Comme l’abeille qui, par une « danse » bien réglée, informe les autres abeilles du lieu exact où repose le pollen, l’homme pour le même type d’information use non point de la danse mais du langage : « la télécommande de la télévision est sur la table ». Ce type de phrase est le type le plus courant, le plus quotidien du langage humain : c’est le type énonciatif, dans lequel quelque chose est dit (l’attribut) sur, à propos de quelque chose d’autre (le sujet) : legein ti kata tinos (dire qqch sur qqch). Or si nous écoutons :   

 

Es ist ein Stoppelfeld, in das ein schwarzer Regen fällt.

Es ist ein brauner Baum, der einsam dasteht.

Es ist ein Zischelwind, der leere Hütten umkreist –

Wie traurig dieser Abend.

 

Il est un champ d’éteules où tombe une pluie noire

Il est un arbre brun debout en solitaire

Il est un vent dont le murmure entoure des cabanes vides, tristesse d’un tel soir.

Trakl, de Profundis, 1938

 

N’y a-t-il pas, à considérer ce dire comme un simple énoncé porteur d’information, une perte essentielle de sa dimension, de sa plurivocité, un appauvrissement obligé de son sens ?

 

Il est un champ d’éteules où tombe une pluie noire

 

Cela dit-il la même chose que :

 

La télécommande de la télévision est sur la table.

 

Ce mot est que l’on retrouve dans les deux phrases est-il à chaque fois le même ? Le mot est est-il à chaque fois comme nous l’enseigne la linguistique simple signe, copule ?  Dans le dire : Il est un champs d’éteule où tombe une pluie noire. Le mot est n’est-il pas bien plutôt appel à la présence d’une chose à venir se manifester. Les mots de ce dire ne s’effacent-ils pas devant la chose qu’ils nomment, qu’ils laissent venir à la présence, qu’ils montrent ? Le dire poétique ne représente pas les choses par d’autres choses mais nous déplace bien plutôt vers elle :

 

Il est un champs d’éteule où tombe une pluie noire.

 

Le poème montre ici une chose sans décrire celle-ci, il l’évoque sans la désigner et la laisse apparaître ainsi à partir d’elle-même. Le dire est apophantique : dire, apophainesthai, laisser apparaître les choses elles-mêmes telles qu’elles se montrent. Les mots du poème n’énoncent donc pas quelque chose, ils ne disent pas quelque chose sur quelque chose d’autre, au contraire, les mots, nommant la chose, l’invitant à venir se montrer, se retirent pour laisser se manifester la chose en tant que telle.

 

Le dire ainsi éprouvé est montrer (zeigen), il est laisser apparaître (Erscheinenlassen) et ne se laisse point réduire à la simple dimension énonciative, à un moyen de communication et d’information. Ce refus (Verweigerung) du langage, pour le moins du dire poétique, à se laisser tenir pour quelque chose à disposition, de sous la main, bref d’être simple instrument, vient nous dire quelque chose du déploiement de la parole. Il faut donc une fois l’avoir éprouvé s’en étonner et le méditer (besinnen). C’est ce que Heidegger entreprend dans cette mise en route vers le déploiement propre de la parole dans les années cinquante. Unterwegs zur Sprache – Acheminement vers la parole. Ce recueil de conférences et d’essais, s’échelonnant entre les années 1951 à 59, témoigne d’une interrogation profonde sur l’être du langage, sur son déploiement le plus propre.

La question directrice est celle de savoir pourquoi le langage est éprouvé à notre époque technoscientifique à partir du signe comme moyen d’information et de communication et pourquoi ou comment le poème semble résister à cette mise à disposition du langage :

Un poème ne se laisse jamais programmer.

A cet effet, Heidegger reste fidèle à la méthode qu’il a lui-même énoncé pour la première fois dans sa première œuvre principale : Etre et temps (SuZ, 1927) soit : la de-struction phénoménologique qui, couche par couche, déblaie notre tradition métaphysique occidentale restée figée pour, en conservant comme fil conducteur la question de l’être, en délivrer le sens originaire. Le sens originaire du langage. A notre époque où le langage est éprouvé d’une part et majoritairement en sa qualité informationnelle et communicationnelle et d’autre part, mais de manière marginalisée, dans l’expérience poétique notamment, en sa qualité monstrative, il s’agit de mettre au jour comment ces deux appréhensions sont liées entre elles, cad de mettre au jour laquelle de ces deux appréhensions, plus originaire, a permis à l’autre de se déployer. Pour ce faire, le retour à l’aube de notre tradition, à l’aube première de la pensée est nécessaire. Cette aube est celle des Grecs, des premiers poètes et penseurs grecs, notamment Héraclite et Parménide.

Or le retour aux premiers penseurs grecs révèlent, pour ce qui concerne la question du langage, au moins deux choses. La première : Comment le logos, qui est le terme grec pour le langage, est éprouvé à partir de l’aletheia, du dés-abritement (Unverborgenheit), du décèlement. Mieux le logos, en ce qu’il laisse étendu ensemble devant (beisammen vorliegen lassen), qu’il met à l’abri dans la non-occultation, qu’il dévoile, est aletheia (qui est dévoilement, Entbergen). [legein : étendre (legen), rassembler (versammeln), mettre à l’abri, cueillir (lesen) : laisser étendu ensemble devant nous]. Autrement dit, le langage comme logos est éprouvé comme ce qui laisse venir une chose dans le non-caché pour l’y abriter. Le logos n’est donc en premier lieu ni voix (phoné), ni signification (semainein). Ainsi ni l’expression, ni la signification, qui passe aujourd’hui pour les traits principaux du langage, ne nous livre l’empreinte essentielle reçue à son origine par le langage, qui est de laisser apparaître une chose en l’invitant à venir s’étendre devant nous, en l’invitant à la présence. Le logos amène ce qui apparaît à se montrer de lui-même. Le logos est éprouvé en son trait essentiel qui est le montrer.  

Pourtant, et c’est la deuxième chose que nous apprend ce retour à la tradition, ce trait essentiel, bien qu’éprouver et habiter par les premiers grecs, n’est jamais thématisé, pensé en tant que tel, à partir de son origine. Cet oubli, corollaire de l’oubli de l’être qui est l’histoire même de notre tradition occidentale, ne fera que s’accentuer par la suite en fonction des successives métamorphoses de la vérité (aletheia, rectitude-orthotès, adequatio intellectus et rei, certitude, Plank : la vérité est ce qui est mesurable, v.tabl.1). Je ne reviens pas ici sur les changements successifs du déploiement du langage qui reposent dans la mutation de l’être de la vérité.

Le retour au premier commencement de notre tradition suffit à montrer que l’appréhension actuelle du langage n’est pas l’en soi (an sich) du langage, son être absolu, mais un mode historique et destinal co-rrespondant à la donation actuel de l’être dans une époque essentiellement régie par la technique. Si le langage est aujourd’hui appréhendé comme moyen d’info et de comm c’est qu’il est lui-même sommé, comme tout étant, de co-rrespondre à l’appel exigeant et provoquant (Der herausfordernde Anspruch) du Gestell, ce dernier nommant chez Heidegger l’être, l’essence (Wesen) de la technique moderne. Le langage parle alors la parole du Gestell (die Sprache des Gestells) et devient information ; fond disponible et manipulable pour l’information.

Pourtant, puisqu’un autre déploiement du langage, éprouvé au haut temps des grecs, aperçu ensuite par quelques poètes, continue, certes marginalement, à se déployer, il convient, avec Heidegger, de le penser, de le thématiser pour la première fois de son histoire.

Il convient de penser le langage phénoménologiquement, au sens où la phénoménologie (legein ta phainomena) met au jour ce qui n’apparaît pas, ce qui ne se montre pas, qui se cache mais qui appartient essentiellement à ce qui se montre et qui en constitue le sens. Or ce qui ne se montre pas dans le déploiement actuel du langage, c’est son trait essentiel, originaire : celui du montrer. Mais plus encore ce qui ne se montre pas dans toute notre tradition occidentale orientée sur l’étant (dès les écrites de Platon et Aristote), c’est l’être, qui laisse être cet étant. L’être ne se montre pas, il est l’inapparent, l’anonyme. Penser l’être en son sens caché telle sera donc la tâche d’une pensée post-métaphysique.

 

Heidegger va donc penser le langage, et ce dès les années 30 (2ème œuvre principale : Beiträge zur philosophie, 1936-38), penser le langage à partir de l’être. Il lie autrement dit intimement la question du langage à ce qu’il nomme la question fondamentale de la philosophie : Wie west das Seyn ? Comment l’être/l’estre se déploie-t-il ? Mais l’être n’est plus à présent pensé comme fondement de l’étant, comme, par exemple, l’idée lumineuse éclairant chaque chose, mais au contraire comme ce qui, laissant être l’étant, se retire, s’absente. L’être est donation pure (Reines Geben). Il laisse l’étant être ce qu’il est, le laisse parvenir à son propre. Laissant être l’étant ce qu’il est, lui octroyant l’être et l’appropriant, l’être est Ereignis : événement-appropriement. Ce tournant (Kehre) dans le chemin de pensée de Heidegger marque l’entrée de l’Ereignis-denken, où chaque chose ne doit pas être réduite à un concept, à une essence, mais doit, dans une ouverture appropriée, venir se montrer d’elle-même en ce qu’elle a de plus propre. La parole n’est ainsi d’abord ni expression, ni moyen de communication et d’info, ni système de signes.., la parole est simplement parole. La parole parle, elle est parlante. Cette parole qui parle, pensée à partir de l’Ereignis comme montrer, Heidegger la nomme die Sage (la Dite). La Dite est cette parole de l’être qui, silencieusement, laisse venir chaque chose à la présence dans l’ouvert d’un monde, dans l’éclaircie du libre de son jeu. Mais cette parole est silencieuse, tant est si bien qu’elle a besoin et qu’elle fait usage de l’homme, de la sonorité de sa voix, pour venir retentir. La Dite, privée de son (lautlos), est alors mise à l’abri dans la teneur terrestre du retentissement vocal. Ainsi l’homme parle, mais il n’a pas la parole sous sa possession ; l’homme parle à partir de cette parole originaire, de cette parole qui vient se dire à lui silencieusement, et à laquelle ce dernier co-rrespond (entspricht). Le mot de l’homme, lorsque ce mot est montrer, est donc libérant en ce sens où, co-rrespondant au dire de la dite, il laisse l’ouvert du monde s’abriter au sein de la chose nommée et appropriée. La Dite qui trouve ainsi écho et abri dans le parler de l’homme se déploie pleinement ; elle laisse l’Ereignis, dont le proprier (das Eignen) règne et remue en elle, se déployer ; La Dite libère celui-ci, lui permettant à son tour de déployer tout ce qui est en son être propre, notamment les hommes qui, écoutant cette parole de la Dite, peuvent séjourner en leur être propre comme les mortels parlants. La Dite, libérant ainsi le proprier de l’Ereignis, montrant et laissant parvenir ce qui est montré dans le propre de son apparition, est le mode le plus propre de l’approprier (die eigenste Weise des Ereignens). Réciproquement l’Ereignis est parlant (sagend) en ce qu’il dit, qu’il montre (zeigt) chaque chose en lui accordant présence et séjour approprié. La Dite approprie, l’événement appropriement (l’Ereignis) est disant.     

 

L’être du langage ainsi pensé n’a que peu en commun avec les conceptions antérieures, métaphysiques, de notre tradition. Notre tradition occidentale enseigne que la parole est expression, extériorisation, qu’elle relève en première instance de notre activité. Penser le langage en son déploiement le plus propre comme Dite, où c’est la parole qui parle en propre et où l’homme à son écoute ne fait que parler à la suite (nachsagen), où un se laisser-montrer (sichzeigenlassen) précède et accorde (gewährt) notre dire montrant, penser le langage en son déploiement le plus propre comme Dite donc « brise (bricht) comme le dit Heidegger, cette contrainte de la représentation qui pèse sur la parole ». Briser une conception antérieure, traditionnelle, ne va pas sans une certaine violence, d’autant plus quand cette conception ou représentation est, à quelques modifications près, restée la même « depuis 2500 ans ». Heidegger ne rejette pourtant pas l’exactitude, ni l’utilité des représentations antérieures qui nourrissent aujourd’hui encore l’appréhension scientifique et linguistique du langage. Tout en les brisant, en les détruisant, ou déconstruisant, il leur accorde, comme il est dit dans SuZ, un « droit relatif », sous-entendu non-absolu.

Heidegger cherche ainsi simplement à laisser la chose, qui est affaire de la pensée, venir se montrer, se manifester à partir d’elle même comme ce qu’elle est en propre. La pensée de Heidegger va ainsi à l’encontre de notre mode de penser courant et quotidien où la chose représentée, et non pensée, énoncée, mais non nommée, se règle sur notre entendement, est rectifié par lui pour être à sa/notre disposition. La pensée de Heidegger nous sort de l’habituel, de la pensée qui calcule, et de la sorte étonne et déconcerte (befremdet) ; elle s’exprime tautologiquement et pense phénoménologiquement. Le penser et le dire de Heidegger qui cherche, en se mettant à l’écoute de ce qui est digne de penser, à répondre, dans la simplicité du langage, à ce qui vient se dire à nous, mortels parlants, peut, dérangeant de la sorte, faire peur. Mais l’effroi (Schrecken) et la crainte (Scheu) ne sont-elles pas les deux tonalités affectives fondamentales qui rendent possible le déploiement de l’autre commencement de notre tradition ? Ces tonalités déplacent en effet l’homme, qui éprouve ce refus de l’estre, dans l’ouvert de l’être en ce qu’il a de plus propre, à savoir : être ce qui, tout en laissant être l’étant, se retire, se cache. Déplacer de la sorte, l’homme est ramené (zurückbringen) en son lieu de séjour le plus propre, et se déploie ainsi, assumant cet ouvert de l’être, comme Dasein. L’être, dont le retrait constitutif et originaire est devenu, à notre époque, refus et négativité ; l’être, prisonnier de sa propre démesure, a besoin d’une libération. C’est à l’homme qu’incombe la tâche. Il doit pour cela tendre à l’être un Ouvert conforme à son essence. Il doit pour préparer cette venue de l’être, apprendre à habiter en poète, apprendre à habiter dans le parler de la parole et parler ainsi dans un dire qui co-rresponde au mieux, dans la proximité la plus proche, au dire de l’être. C’est ce qu’a tâché d’entreprendre, à notre avis, Heidegger dans son recueil intitulé Unterwegs zur Sprache. Notre travail, espérons le, fournit une contribution pour mieux cheminer à côté de cette tentative de nous rendre autre par une expérience nouvelle éprouvée avec le langage. 

 

Nous finissons cette présentation par une strophe d’un poème de l’écrivain allemand Eichendorff, cité et traduit par J. Beaufret, dans son écrit du logos au langage, strophe qui vient nous dire quelque chose de ce déploiement de la parole dont Heidegger s’est mis à l’écoute :

 

Schläft ein Lied in allen Dingen

Die da träumen fort und fort

Und die Welt hebt an zu singen

Triffst du nur das Zauberwort.

 

Un chant sommeille en toutes choses

Qui toujours plus loin vont rêvant

Et le monde se met à chanter

Sitôt trouvé le mot magique.

 


Brouillon

 

Expression :

Dire le langage vs langue.

Botschaft : message vs annonce.

Wesen: être , déploiement. WdS 201/186. Contre la signification métaphysique (was etwas ist, essentia). Zeitwort – Weilen (séjourner), währen (durer). Es west (an), cela vient se déployer et nous concerner (belangt uns). La parole appartient au déploiement qui met tout en chemin, puisque ce dernier met en chemin en parlant. Note 1, p. 141. Etre de la technique – déploiement de la parole. M16

Le Bruit (der Lärm), le son (der Laut).

 

Fonds :

Partie I

Q. du langage – Q. fondamentale de la philosophie : Wie west das Seyn ?

Ramener (zurückbringen) l’homme dans son déploiement le plus propre.

B comme une tentative (Versuch)

Co-appartenance (Zugehörigkeit) de l’homme et du langage à l’être (zum Seyn). L’être fait usage (Brauch) de l’homme.

Sinn, Wahrheit, Ortschaft-topologie de l’être.

Tournant des années 30 Hölderlin, Beiträge (langage, être, ereignis)

Anwesendheit : Gegen-stand : Bestand. L’ob-jet disparaît dans le sans-objet du fonds (das Gegenstandlose des Bestandes)

Le Gestell est le mode destinal dans lequel l’être se donne, se déploie et vient parler à l’homme dans notre époque technico-scientifique. Pas un faire (Tun) humain. Ecouter cet appel – se libérer- entendre l’annonce d’un déploiement nouveau (négatif photographique de l’Ereignis, tête de Janus).

Le langage est sommé, sous l’appel du Gestell, de servir d’instrument disponible à l’homme pour que celui-ci poursuive son exploitation de l’étant. Le langage parle la parole du Gestell (die Spache des Gestells). La parole ainsi sommée devient information.

Destins de l’histoire de l’être – manifestations du langage.

 

Langage

Vérité

Etant

Epoque

Logos, Zeigen, laisser entrer en présence

aletheia

Alethès, ousi, parousia Anwesenheit, présence

Héraclite-Aristote

Systèmes de signes, (Zeichen, Bezeichen), instrument conventionnel de désignation

Rectitude, orthotès

 

 

 

Adequatio

on, Anwesend, l’étant-présent

Stoa

 

 

 

Thomas d’Aquin

Instrument de la représentation

Certitude, cogito, subjectivité

Gegenstand, l’ob-jet (rectifié par la représ.)

Descartes

Instrument d’information et de communication

Ce qui est mesurable

Bestand, le fonds disponible

Technique, Gestell

Dite, monstration

La vérité de l’Estre

Estre comme Ereignis, comme ce qui donne et se retire

Ereignis-denken, Heidegger, A-venir

 

Désigner ce n’est plus montrer au sens de laisser-apparaître. Les conceptions du langage dépendent de l’appel de l’être dans sa vérité. De Héraclite à Aristote l’aletheia, la parole à partir du montrer n’est pas thématisé, pensé mais éprouver, habiter, nommer. 

Pas de sonorité pure, toujours déjà compréhension. Le langage appréhendé en sa positivité (signe graphique et phonétique, sonorité) est étant et subit alors les métamorphoses successives de tout étant. Oubli du montrer, oubli de l’être. La conception actuelle, positive, du langage n’est rien de nouveau mais l’assise de la tradition. Univocité du signe dans le traitement informatique. Un poème ne se laisse par principe jamais programmé. Le poème refuse sa mise à disposition au service de l’information. Refus (Verweigerung) de la langue.  

Partie II

Refus de la parole d’être à disposition : deux expériences. Das rechte Wort nicht finden. Das Gedicht. (l’échec de la parole quotidienne, la parole essentielle). La parole dans son refus, se retire et vient nous concerner. La parole est ce qui fait don du mot juste (vs volonté, possession). Interruption du bavardage. Une parole silencieuse rend possible notre parler. Le poème porte au mot cette expérience. Benn : le mot est feu qui éclaircit le monde. Le mot est libérant. Il nous ouvre au monde (en ces contrées). George : Kein Ding sei wo das wort gebricht. Le mot donne être à la chose. Le mot ne décrit pas une chose déjà là, mais lui donne être en l’invitant à la présence. Le poète apprend à renoncer aux conceptions traditionnelles d langage. Le poète a fait l’exp. avec le haut règne du mot. Changer son dit- chant. Trakl. Le mot pour le déploiement de la parole n’est pas accordé au poète (Hölderlin : Fleur de bouche). Nécessité de la pensée (nachdenken). L’exp poét rend possible l’exp pensante.  La pensée pense le secret du mot (le mot donne présence à la chose), pense le rapport entre mot, être et chose. Logos. Le mot n’est pas un étant mais le donnant. Il y a mot, es gibt. Mot=être ? L’être laisse être l’étant. Le mot laisse être la chose. Mot et être sont une affaire de la pensée. Mot et être sont libérant. Ils libèrent ce qui se tient en retrait à la présence. Ils donnent et se retirent. Ereignis. Es (Ereignis) gibt. L’Ereignis approprie, le mot donne. Le mot n’est pas (le langage n’est plus concept). Le mot libère la chose à son être chose. Il l’invite et la ménage. (Reich und zart) Générosité. Le mot be-dingt la chose. La chose laisse séjourner, rassemble et approprie les quatre contrées. Les choses portent le monde à son terme (austragen). Die Dingen bergen das Geviert. Le mot abrite la chose ?? M53 (teneur terrestre du mot ; WhD122/QaP 133 befehlen-bergen ; S24 das Sagen birgt die Dinge in den Glanz von Welt). Le mot sort la chose de son oubli en la nommant. L’appel porte les choses appelées dans une présence plus haute que celle de ce qui s’étend (das Vorliegende, das Vorhandene). Nomination vs énonciation (effacement du sujet au profit du phénomène), laisser parler la chose à partir d’elle même (aletheia) vs parler sur/de la chose (subjectivité). Les choses abritent le monde, le dire abrite les choses. Monde et chose se traversent et laissent l’autre parvenir à son propre. La dif-férence mesure (ermisst) chose et monde en leur propre. La diff qui approprie monde et chose est la diff ontologique (être-étant) pensée à partir de l’Ereignis. La parole du poème c’est le parler de la parole (nommer). L’appel rassemblant de la différence (Geläut) apaise (stillt) monde et chose en leur propre : das Geläut der Stille (le recueil où sonne le silence). La parole qui parle dans le poème est GdS. Rien d’humain. L’homme appartient à cette parole. La parole silencieuse laisse chose et monde se déployer et nous concerner, libérant notre propre parler qui les nomme, les abrite. Monde et chose parlent, viennent se dire à nous, se montrent. Die Sage. La Dite laisse apparaître un monde, elle rassemble et met en route les 4 contrées. La Dite gouverne le monde, le libre de l’éclaircie. La Dite donne présence dans l’éclaircie du monde. Elle rassemble en elle tout montrer : die Zeige. Un sichzeigenlassen précède notre dire montrant. Elle offre le monde où tout étant vient en présence pour être dit par nous à la suite. La Dite est le déploiement caché du mot. Le mot qui retentit est accordé (gewährt) à partir de la Dite. Le mot repose dans le non-parlé de la Dite, il est l’écho de celle-ci et vient l’abriter. Ce qui remue dans la Dite : le proprier (das Eignen). Comme ap-proprier (er-eignen), elle ap-porte (er-bringt) absence et présence. La dite est le plus octroyant (Gewährende) : don du libre jeu du monde. Das Ereignis. Donne et ce retire. L’Ereignis est ce qui se remue dans le montrer de la Dite et é-meut la Dite, c’est pourquoi Dite et mot sont libérants. La Dite libère l’Ereignis, lui permet à son tour de déployer tout ce qui est en son essence propre. Réciprocité de la Dite et de l’Ereignis. La Dite laissant se remuer en elle le proprier de l’Ereignis est le mode le plus propre de l’approprier : die eigenste Weise des Ereignens. La Dite approprie, l’Ereignis est parlant. La Dite est le melos en lequel parle l’Ereignis. La parole est solitaire, ne se soucie que d’elle-même, mais n’est pas seule. Le langage appartient à l’Estre (Ereignis) en tant que Dite, l’homme appartient à l’estre en ce qu’il le comprend Conception anthropologique : Corps-âme-esprit : le mot phonétique, graphique (signifiant), le ton-mélodie-rythme, la signification (signifié).

Tout ce qui vent se dire, se montrer ou qui en retrait, dans le non dit, attend de venir se dire repose dans la dite. Différents modes du montrer de la Dite rassemblés par l’Ereignis : Aufriss - le tracé ouvrant. L’Aufriss est ouvrant : il laisse venir à la présence ce qui est montre, le laisse parvenir dans l’ouvert du monde. Notre parler est l’un des traits (Züge) rassemblés dans le tracé-ouvrant de la Dite. Le pouvoir-parler de l’homme, le retentir du mot, est accordé par la Dite. Nous sommes toujours déjà dans la Dite. Ge-Hören. Sichsagenlassen : nachsagen : Entsprechen. Le parler emprunte à cette injonction de la dif-férence ce qu’il va porter à la sonorité du mot. Mise à l’abri de la Dite, privée de son (lautlos) dans la teneur terrestre du retentissement vocal. L’homme est utilisé pour porter la Dite silencieuse à la résonance (Verlauten) du parler, à la sonorité. Faute de quoi, la Dite retombe dans l’absence et tout ce qui vient d’être éclaircit dans l’obscurité. Le propre du retentir à partir de l’Ereignis, la voix (Ar. : eine stimmliche Verlautbarung). Eprouver le sonner à partir du recueil où sonne le silence. Dans le dialecte, c’est le pays i.e la terre qui vient à la parole. Le mot – fleure de bouche – laisse éclore la terre, est résonnement terrestre. Le résonnement (Lauten) résonne à partir du (aus) sonner (Läuten) dont la Dite est le recueil silencieux. Le mot en sa teneur terrestre nomme la chose, la laisse abriter le monde et abrite à son tour la chose. Le mot est libérant et éclaircissant. La Dite s’accomplit (vollbringen) dans l’écho du parler de l’homme. L’homme correspond à l’appel de la duplication (monde -chose). La parole de l’homme est mot libérant co-rrespondant au dire montrant et appropriant de la Dite. Gespräch-relation herméneutique. Monde monde, chose chose : advenue (ankunft) du déploiement de l’être lui-même. La Dite n’est rien de séparer, nous lui appartenons. Co-rrespondre au mieux à la Dite : métamorphoser notre rapport à la parole. Anticiper (vorzuhören) et préparer (vorbereiten). Vorkommen. Regard anticipatif, en arrière: préparer le tournant.    

Partie III

Le Gestell comme mode historique co-rrespondant au mode destinal de l’être de notre époque technico-scientifique. Ein Wandel im Sein. L’homme peut contribuer (Mithilfer) au déploiement de l’être. Selon comment l’Ereignis se déclôt (entbirgt) ou se retire (entzieht) parle la parole. Oubli du désabritement. Le Gestell occulte le dévoilement, la vérité. L’homme ne perçoit plus la provocation du Gestell comme une Anspruch. Tout dévoilement a lieu à partir de ce qui accorde. La technique est un mode destinal, comme le langage techniciste. Ce qui en retrait accorde peut alors faire jour, se montrer. Eprouver le Gestell comme péril et il porte la plus grande faveur (Gunst). Préparer : apprendre à habiter en poète. Mode poétique : le plus originaire mais le plus marginalisé. Vigilance, pas qui rétrocède, pensée mémorante. Habiter en poète : prendre la mesure, mesurer l’ouvert du monde, bâtir, ménager les choses. Echapper à la provocation du Gestell. Le voisinage du penser et du dire philosophique comme habiter originaire. Nachbarschaft : habiter dans la même proximité. La pensée se laisse dire un dit qui échappe à l’appel du Gestell.   

Partie IV

La parole est pensée à partir de l’Ereignis. Zur Sprache bringen : faire venir à la présence qqch. Il manque la parole venant abriter l’Ereignis en le disant. Les obstacles (die Hindernisse) contre ce dire : L’homme est propriété de l’Ereignis, ne peut poser l’Ereignis comme un gegen-stand : échec de la pensée représentative et du dire énonciateur (dire sur vs à partir de, avec). Refus (Verweigerung) de l’être à venir se dire dans une parole énonciative. La forme, la manière de dire doit se métamorphoser, être une réponse à l’Ereignis. Poème : chant, louange, un écho inaudible, un murmure à l’allure de chant. Pensée : tautologie, dire simple et phénoménologique, poésie. Le simple de la parole : das Einfache der Sprache. Retour à l’exp des présocratiques. Dire le même, l’identique (das Ereignis ereignet, die Sprache spricht). La tautologie comme accès à l’être. Les formulent tautologiques lient la pensée à son affaire. Poésie et tautologie ne remplacent pas la pensée mis sont des signes s’inscrivant dans cette nécessité d’un dire co-rrespondant à l’Ereignis. L’ampleur du regard, la profondeur de la pensée, le simple du dire. Une parole qui déconcerte (befremdet), qui nous sort de l’habituel. Le parler habituel (va habitude, habiter) utilise le langage alors que le dire essentiel est le parler que la parole parle à travers l’homme. Ce qui se donne à penser exige un autre dit. Dit tautologique – et pensée phénoménologique. Heidegger prépare l’autre commencement d’une manière anticipatrice sur le mode du faire signe (in einer vorläufigen, vorwinkenden Weise). Co-rrespondre au simple de l’annonce de la duplication. Tout penser méditant est un dire poétique et toute poésie dite un penser. Sprache 1972.                                     

 

Mot bilingue :

Die Zwiefalt – duplication

Entfaltung – déploiement

Unverborgenheit – dés-abritement

Entbergen – dévoilement

Hervorbringen – produire

Herausfordern – provoquer; de Herausforderung : la provocation

Der herausfordernde Anspruch – l’injonction provoquante (das herausfordernde Stellen)

Ge-stell – Rassemblement de tous les modes du poser (nachstellen, bestellen, verstellen)

Bestellbarkeit – disponibilité

Schickung des Seins – destination de l’être

Nachrichten: informer, se régler correctement sur.

Ein andenkendes Denken : une pensée mémorante

Vernichtung des Dinges : néantisation de la chose

Schonen : ménager

Be-dingen : anwesenlassen : laisser venir à la présence.

Verweilen : séjourner

Nennen : näherbringen : Heissen : befehlen : einladen : anvertrauen : schonen : bergen. Gebärden: porter à sa figure.

Gönnen : accorder

Gewähren : accorder, octroyer ; das Gewährende : le plus octroyant.

Die Innigkeit : l’intimité

Enteignen : désappropriée

Die Stille : la paix silencieuse

Das Zwischen : le milieu

Der Unter-schied : la dif-férence

welten: se déployer comme monde

Be-wëgung : mise en chemin

Das Regende : le remuant

Aufriss : le tracé ouvrant

Brauchen : utiliser, en avoir besoin (sémT)

Vereignung : remise en propre

Das Lauten des Wortes : le retentir du mot

Schweigen : se taire

Austragen : Auseinandertragen: diapherein

Mundart: dialecte, genre de la bouche.

Zusprechen : venir parler

Ansprechen : concerner par la parole

Der Wartende : celui qui attend

Nach verschiedenen Massen der Nähe zum Ereignis : à des mètres divers de la proximité à l’Ereignis.

Das Zuvor-kommen in der Zurückhaltung : la prévenance dans la retenue

Entwachen : éveil

Kehre : tournant

Erblicken : apercevoir, prendre en vue

Einblicken : regarder dans et vers

Machenschaft : machination

Wachsamkeit : vigilance

Die Verweigerung ist der Vorenthalt :  le refus est la réserve. 

 

Aletheia, techne, poiesis, semeia-sumbola-onoiomata (signes, zeichen, zeigen), semainein (signifier), deiknumi (montrer, zeigen), onomaxein (Nennen), phainomenon (phénomène), upokeimenon (sujet), apophansi-kataphasi, legein ti kata tinos (dire qqch sur qqch), zoon logon econ (l’animal doué de langage, raison : nous), diaphora eidetike (differentia specifica), phoné

 

 

Date importante :

1907 dissertation sur « Signification multiple de l’étant chez Aristote » (Brentano, 1862)
SuZ 1927 Notre compréhension de l’être, le sens de l’être. Dim. Compréhensive de notre Dasein.

SS 1934 : Logik : Wesen der Sprache. Méditation sur le logos. + Hymnes d’Hölderlin WS.

1936-8: Beiträge zur Philosophie : Vom Ereignis. / Saisir le sens de l’être à partir de lui-même, en son propre (Eigen).

UH 1946-9

 

 

Présentation :

Eprouver le phénomène du langage dans toute son envergure (historique) et non plus seulement dans son déploiement actuel. Faire une expérience avec la parole. Quelle est la ressource du langage. Le poème, le langage naturel livré par la tradition, le langage maternel. Plurivocité. Destination de l’être, interroger la tradition (Héraclite, Aristote), pas de langage en soi. La parole de l’homme co-rrespond à la parole de l’être. Contre la conception traditionnelle et métaphysique de l’homme (zoon logon echon vs Dasein) et langage (signifiant-signifié vs essence historico-ontologique). Langage et estre. Le dire poétique co-rrespond à l’appel de l’être. D’autres expériences avec la parole. Si l’éclair aperçut par Höraclite eut été pensé le monde en serait changé. Le dire est montrant avant de devenir information. Le langage n’est pas un mode littéraire, mais institue notre rapport au monde. L’animal communique, l’homme parle, nomme. Faire une expérience avec la parole qui nous rende autre. Nous porter au lieu de son déploiement.

 

Schüssler :

Genos 6 : La tonalité affective fondamentale de notre époque : l’effroi (der Schrecken vs Erstaunen pour le 1er commencement). L’être s’est retiré de l’étant. Oubli de l’être. L’être se laisse oublier, il se cache. L’être ne se montre pas, il est l’inapparent. Penser l’être en son sens caché : tâche de la pensée postmétaphysique (vs métaphysique qui pense l’étant en son fondement, onton e onton). Méthode : la phénoménologie (legein ta phainomena, dire, apophainesthai, laisser apparaître les choses elles-mêmes telles qu’elles se montrent). Mettre au jour ce qui n’apparaît pas, ce qui ne se montre pas, qui se cache mais qui appartient essentiellement à ce qui se montre et qui en constitue le sens. L’être est le phénomène de la phénoménologie. SuZ : partir de notre compréhension de l’être pour mettre au jour l’être lui-même en son sens caché (analytique existentiale). La phénoménologie du Dasein est herméneutique. Répétition : de-struction phénoménologique qui déblaie couche par couche la tradition figée pour en délivrer le sens originaire avec comme fil conducteur la question de l’être 111. Etre : parousia : présence : temps. Mais le Dasein ne peut déterminer lui-même le temps de l’être (pas le maître du temps, facticité du Dasein). Tournant : Dasein-être : être-Dasein. Don (Gabe), donner (geben) qui se soustrait. Er-eignis Denken. (Retrait du Dasein: la mort ; Retrait de l’Ereignis : la mort, le cèlement originaire, verbergung). Dasein est propriété de l’Ereignis. Temporalité ekstatique et historialité du Dasein impliquée dans celles de l’être. L’être est le don factif de l’appropriement se cachant. Se délivrer à partir de son passé vers l’a-venir. Le destin délivré : l’appropriement même. Possibilité qui s’annonce par l’effroi. Par l’effroi : expérience du refus de l’être. 1er commencement : don démesuré (übereignung), présence excessive de l’être privée d’absence (et retrait excessif de l’Ereignis). Autre commencement : l’Ereignis comme ce qui donne et se retire. Jeu réciproque du premier et de l’autre commencement. Le Dasein doit anticiper le jeu par une méditation historiale, par une herméneutique, i.e. une interprétation de ce jeu de l’appropriement aux deux commencements. L’appropriement par la bouche du Dasein sera son propre interprète. L’herméneutique n’est plus existentiale mais ontologico-historicale. S’enquérir du sens, de l’ouverture de l’estre sur le mode de cette herméneutique. Dialogue. Accomplir la vérité de l’estre, porter à la parole l’essence de l’estre. Dépasser le 1er comm. en faveur du 2ème. Questionnement et dire autre. Mettre au jour ce refus comme le se cacher le plus profond de l’appropriement en faveur de son don. Histoire de la métaphysique : recouvrement progressif du sens originel de l’être et don épocha qui se retient et se retire. L’hist de la mét est l’histoire du cèlement de l’esrtre (Verborgenheit des Seins). Le refus de l’estre – éprouvé dans l’effroi – est l’intonation de l’essence la plus profonde de l’estre comme appropriement : celle du don qui se retire pour laisser être ce qu’il donne.

 

Die Auseinandersetzung mit dem ersten Anfang der Geschichte des Denken.             

Verweigerung (das Seyn west als die Verweigerung) und Verzicht.

Das Ereignis bleibt das Befremdlichste.

276 : Das Seyn und die Sprache

Die erste wirkliche Frage : dem Bezug der Sprache zum Seyn.

Zoon logon echon, animal rationel, corps-âme-esprit

Dasein, mortel, Wächter der Wahrheit des Seyns

Logos als Aussage

Logos als aletheia

Sprache-seinden

Sprache-Seyn

Sprachphilosophie

Sprache als Sage

Homme utilise le langage

Homme est utilisé par la parole

La méditation sur le langage pour trouver notre lieu de séjour dans l’estre lui-même. Dépassement de la métaphysique : déterminer l’homme et le langage à partir de l’être.

La question de la vérité

Mutation de l’essence de la vérité : Rectitude objective de l’énoncé se réglant sur les objets : rectitude soumettant les objets à ses règles. Disparition de l’essence trad de la vérité.

L’élément qui s’est perdu. Chez Aristote : vérité logique et noétique (ontologique). Le caractère manifeste (alethes) de l’être de ce qui est s’est perdu. Un mouvement de retrait (Entzug) ou de refus (Verweigerung) affecte l’être de ce qui est. Heidegger : nouvelle pensée de l’être : refus et caractère manifeste : a-letheia. Le cèlement (Verbergung) est ce qui abrite l’estre. L’estre laisse être l’étant. Le cèlement, dimension intégrante de l’estre, est la mort (au sens existential) à l’œuvre. L’estre est donation pure (reines Geben). La mort : dimension thanatique. Se donner – se retirer : réciprocité. Manifesteté excessive de l’étant – Refus de l’estre. Excès (Ubermass) du dé-cèlement au début grec (chez Platon, eidos, idea, lumière de l’idée ; idein : voir). Ouverture excessive, apérité totale vs la dimension thanatique. Ouvert pour l’étant présent. Retrait qui est abri, devient refus, négativité négatrice.  

Vue correcte, qui se dirige correctement sur l’eidos : orthotes (rectitude) et omoiosis (adequation). L’estre a besoin d’une libération. C’est à l’homme qu’incombe la tâche. Tendre à l’estre un Ouvert conforme à son essence. Il faut qu’il soit arraché de son orientation sur l’étant par la tonalité de l’effroi. L’estre a disparu de l’étant. L’estre disposant l’homme dans l’effroi l’ap-proprie comme le mortel qui assume son Ouvert : Da-sein. Le refus peut alors se déployer comme réserve cachée qui abrite la donation de l’estre. Que l’homme se fonde comme Dasein par un projet anticipé. Ereignis : la donation a lieu à partir du refus. Abriter l’éclaircie du cèlement dans l’étant : accord litigieux de la terre et du ciel. Terre : abri, cèlement. Ciel : éclaircie. Mortel : Ouvert. Dieux : faveur, donation à partir du refus.

Terre

Ciel

Divins

Mortels

Abri, cèlement + réserve (Phusis)

Eclaircie

Faveur, donation, le plus lointain, l’advenue silencieuse, ceux qui font signe.

Ouvert, Da-Sein

L’homme habite sur la terre sous le ciel devant les divins devant lui-même comme mortel et dans le monde. Habiter (wohnen) : séjourner (sich aufhalten) ; demeurer en paix (Frieden): ménager (schonen) : remettre qqch à sa propre essence.  .

Quadriparti : monde. Ménager ce Quadriparti. Ménager les choses dans lequel il est abrité. Ethos du ménagement. La rectitude n’est plus dominatrice mais le sens de l’aménagement.

SuZ : vérité en lutte contre une non-vérité.

L’essence de l’estre : laisser être, donation et appropriement. Seyn : verbe : déploiement, activité. Héraclite : phusis kruptesthai philei. Le cacher est un trait essentiel de l’être en tant qu’il éclôt. Le sens le plus profond de l’être c’est laisser, laisser être l’étant, donner. Il le laisse se déployer librement. Il le laisse être en se cachant. L’estre se déploie dans le se cacher (sich verbergen). Il est l’anonyme : le ça (es).L’essence de l’estre : es gibt sein : cela donne être. Il est rien. Il est ce donner en propre : sich zu eigen geben. Ereignis. Il est double mouvement : donation dans le retrait. L’estre est donation-appropriement. Le retrait n’est pas néant mais donation. La mort abrite l’estre pour qu’il puisse se ressourcer. L’estre se donne à partir d’une absence, retourne dans l’absence et demeure absence dans son déploiement. Le Da-sein n’est pas l’homme en soi mais le Da-sein. Ouverture et cèlement : adversité réciproque. (Mythe de la caverne : obscurité-lumière, idée). Tradition comme l’histoire d’une conquête de la lumière. Mutation de la vérité : aletheia :idée : rectitude de la pensée et de l’énoncé. Diriger correctement son regard sur la lumière des idées. La vérité prend siège dans l’entendement. L’estre est prisonnier de sa propre démesure. Il est dans la détresse et requiert une libération. Une détresse essentielle (Wesensnot). Que l’estre retrouve présence en son absence. Ce qui se montre à nous et se retire : le secret. Par l’effroi l’estre se dévoile en son refus. L’effroi arrache à la familiarité du comportement courant au sein de l’étant et le transporte dans un autre séjour : dans l’Ouvert de l’estre. Le refus est réserve de possibilités nouvelles de l’estre. Cette possibilité de donation il faut la retenir : retenue (Verhaltenheit). L’étant, comme chose, sera le lieu de cette retenue, de cette mise à l’abri de la donation.      [Poète : étonnement, effroi ; Penseur : retenue dans le mot, mise à l’abri de l’aperçu du poète]. L’estre fait signe (winken). 3ème tonalité : la crainte (Scheu). La donation de l’estre s’amorce sur le mode du dire. La retenue : abriter la donation, or le premier mode d’abriter la donation de l’estre réside dans le langage en tant que celui-ci dans sa partie phonétique ou écrite est de l’ordre de la terre. La retenue est attente qui écoute : la donation est mot. La crainte : faire silence : laisser l’estre se déployer comme Ereignis. Le divin : le plus lointain, la faveur, l’approche silencieuse. Triple tonalité affective : effroi, retenue et crainte, déplace l’homme dans l’Ouvert de l’estre. L’homme est placé dans l’Ouvert de l’estre en y étant jeté. C’est par ces tonalités affectives déjà que l’estre s’approprie l’homme comme celui qui assume son Ouvert : comme Da-sein. Eschatologie de l’estre comme Ereignis. L’homme cherche, veille et garde l’estre. Il est souieux de l’estre. Il veille sur l’advenue silencieuse de l’estre.

1er commencement

2ème commencement

 

Etonnement (Erstaunen)

Effroi (Schrecken)

Expérience du refus (Verweigerung)

 

Retenue (Verhaltenheit)

Mise à l’abri (Bergung)

 

Crainte (Scheu)

Faire silence (schweigen)

Wahr-heit : ce qui éclaircit (das Heiternde) et ce qui garde (wahrt), éclaircie pour le cèlement – die Lichtung für das sichverbergen. Seyn vs nichtsein. L’éclaircie doit être retenue et abritée pour conserver ce cèlement originaire. Etant, terre, lutte terre-monde. Etant : chose. L’homme habite dans le quadriparti en ce qu’il ménage toute chose en son être. Profond accord. Sauver la terre, la laisser revenir à son essence propre. Laisser les choses se déployer comme chose consiste à les remettre au cèlement, en les laissant être des choses de la terre. Le poète mesure l’Ouvert de l’éclaircie de l’estre en son cèlement, soit l’Ouvert entre le ciel et la terre. Toute chose à sa mesure propre (éloignement-proximité). L’orthotès comme sens de l’aménagement prend place dans l’aletheia et dans un ethos du ménagement.  

  

Beaufret, du logos au langage, 1974

L’essence de la langue : expression et signification.

Heid, SuZ, 247 : Nécessité de fonder à nouveau la linguistique sur des bases ontologiques plus originelle. Chez Platon la langue est eidétique. Devant le jour Héraclite dit jour/nuit. Les mots appellent à la présence. Le poète montre sans décrire, évoque sans désigner. Mallarmé : je dis une fleur et musicalement se lève l’absente de tous bouquets. H : la parole courante est un poème oublié. Dans le domaine de la langue le poète serait-il un intrus ? Vérité : présence, idées, propositions, copule. Le est n’est pas simple signe mais appelle à la présence, apophantique.

 

Il est un champ d’éteules où tombe une pluie noire

Il est un arbre gris debout en solitaire

Il est un vent dont le murmure entoure des cabanes vides, tristesse d’un tel soir.

Trakl, De Profundis, 1938

 

Le dire ne représente pas les choses par d’autres choses mais nous déplace vers elle. Montrer, laisser apparaître.

Admettre que la langue est un système de signes, corrélation d’un signifiant et d’un signifié, nous ne l’admettons qu’en un sens relatif. Il a son droit relatif. L’admettre au même titre que ce que la science nous dit des choses : des fonctions à variable multiple. Du montrer au désigner : du logos au langage. Le recueil d’H, Unterwegs , nous invite à nous mettre en route vers une autre expérience du langage, une mise en route vers l’aube de notre tradition, celle avec laquelle renoue qq poètes.

Eichendorf :

 

Schläft ein Lied in allen Dingen

Die da träumen fort und fort

Und die Welt hebt an zu singen

Triffst du nur das Zauberwort.

 

Un Lied sommeille en toutes choses

Qui toujours plus loin vont rêvant

Et le monde se met à chanter

Sitôt trouvé le mot magique.

 

Heidegger

Die Sprache

La parole est expression, extériorisation. Briser (brechen) cette contrainte de la représentation qui pèse sur  la parole.

Les choses abritent le monde et le monde abrite les choses en ce que ces dernières laissent reposer les choses dans la faveur du monde. La Dif-férence unit et disjoint, approprie, mesure, apaise monde et chose. Dans la paix chaque chose se déploie en son être propre. La parole invite monde et chose à venir dans le milieu de la Dif-fére

 

                                                                                                                   Marc DESPLOS