Marc
Desplos : Contribution à la question du langage dans la pensée
« tardive » de Heidegger
Présentation :
Mesdames et
messieurs bonjour,
Je tenais à entamer cette défense en remerciant les personnes ici présentes, en premier lieu, les professeurs A. Schild et Ingeborg Schüssler qui ont eu l’obligeance de bien prendre en considération mon travail en le lisant tout d’abord, en y apposant quelques améliorations et en participant enfin activement à la présente défense. Je remercie également les autres personnes dont la présence témoigne à la fois de l’intérêt porté à mon travail, de leur soutien et sympathie (sun-avec : pathein : ressentir, subir : souffrir avec) envers moi.
Ma présentation ne va pas tant chercher à
résumer les différents développements de mon travail qu’à dévoiler
quelques idées sous-jacentes qui soutiennent celui-ci, le nourrissent.
Le présent travail, qui est une contribution à la question du langage chez Heidegger, est en effet nourri d’une interrogation première personnelle. Celle de savoir ce qu’est la poésie ? Est-elle simplement un genre littéraire, un exercice spécifique dans le domaine de la littérature, quelque chose qui rime, quelque chose de simplement bien écrit, de beau ? Est-elle seulement, comme le définit le dictionnaire, un art de combiner les sonorités, les rythmes, les mots d’une langue pour évoquer des images, suggérer des sensations, des émotions ? N’y a-t-il pas autre chose d’éprouver à la lecture d’un poème, notamment l’ouverture d’un monde ?
Il faut bien convenir d’une
chose : le poème n’a plus sa place à notre époque, ou pour le moins
il est un mode marginalisé et désuet du langage. Jean Beauffret dans son écrit de 1974, du
logos au langage, s’interroge ainsi : Dans le domaine de la
langue le poète serait-il un intrus ?
Heidegger quant à lui, constatant la puissance toujours amoindrie à notre époque de tout art et en particulier du poème, dit dans son séminaire sur les hymnes de Höderlin 20 (32) :
Ein Gedicht, dünn, ohne Wiederstand,
verschwebend, abseitig und bestandlos, das gehört nirgendwo mehr hin. /
Un poème
ténu, impalpable, évanescent, aberrant, inconsistant, cela n’a plus sa
place nulle part.
Heidegger justement, et c’est là
l’intérêt que mon travail lui porte, rend manifeste cette désuétude du
poème, ce non-lieu dans lequel il se trouve, bien autrement que par le goût
changeant des sociétés. Il fonde cette marginalisation du poème, pour ainsi
dire, onto-logiquement. En effet, le langage, dans notre monde occidental
gouverné essentiellement par les progrès technologiques et scientifiques, est
appréhendé comme un système de signes (signifiant-signifié) propre à
transmettre de l’information. Le langage est, autrement dit, moyen de
communication. Comme l’abeille qui, par une « danse » bien
réglée, informe les autres abeilles du lieu exact où repose le pollen,
l’homme pour le même type d’information use non point de la danse
mais du langage : « la télécommande de la télévision est sur la
table ». Ce type de phrase est le type le plus courant, le plus quotidien
du langage humain : c’est le type énonciatif, dans lequel quelque
chose est dit (l’attribut) sur, à propos de quelque chose d’autre
(le sujet) : legein ti kata tinos (dire qqch sur qqch). Or si nous
écoutons :
Es ist ein Stoppelfeld, in das ein schwarzer
Regen fällt.
Es ist ein brauner Baum, der einsam dasteht.
Es ist ein Zischelwind, der leere Hütten
umkreist –
Wie traurig dieser Abend.
Il est un champ d’éteules où tombe une
pluie noire
Il est un arbre brun debout en solitaire
Il est un vent dont le murmure entoure des
cabanes vides, tristesse d’un tel soir.
Trakl, de
Profundis, 1938
N’y a-t-il pas, à considérer ce dire comme un simple énoncé porteur d’information, une perte essentielle de sa dimension, de sa plurivocité, un appauvrissement obligé de son sens ?
Il est un champ d’éteules où tombe une
pluie noire
Cela dit-il la même chose que :
La télécommande de la télévision est sur la
table.
Ce mot est que l’on retrouve dans
les deux phrases est-il à chaque fois le même ? Le mot est est-il à
chaque fois comme nous l’enseigne la linguistique simple signe,
copule ? Dans le dire : Il
est un champs d’éteule où tombe une pluie noire. Le mot est
n’est-il pas bien plutôt appel à la présence d’une chose à venir se
manifester. Les mots de ce dire ne s’effacent-ils pas devant la chose
qu’ils nomment, qu’ils laissent venir à la présence, qu’ils
montrent ? Le dire poétique ne représente pas les choses par
d’autres choses mais nous déplace bien plutôt vers elle :
Il est un champs d’éteule où tombe une
pluie noire.
Le poème montre ici une chose sans décrire celle-ci, il l’évoque sans la désigner et la laisse apparaître ainsi à partir d’elle-même. Le dire est apophantique : dire, apophainesthai, laisser apparaître les choses elles-mêmes telles qu’elles se montrent. Les mots du poème n’énoncent donc pas quelque chose, ils ne disent pas quelque chose sur quelque chose d’autre, au contraire, les mots, nommant la chose, l’invitant à venir se montrer, se retirent pour laisser se manifester la chose en tant que telle.
Le dire ainsi éprouvé est montrer
(zeigen), il est laisser apparaître (Erscheinenlassen) et ne se laisse
point réduire à la simple dimension énonciative, à un moyen de communication et
d’information. Ce refus (Verweigerung) du langage, pour le moins du dire
poétique, à se laisser tenir pour quelque chose à disposition, de sous la main,
bref d’être simple instrument, vient nous dire quelque chose du
déploiement de la parole. Il faut donc une fois l’avoir éprouvé
s’en étonner et le méditer (besinnen). C’est ce que
Heidegger entreprend dans cette mise en route vers le déploiement propre de la
parole dans les années cinquante. Unterwegs zur Sprache –
Acheminement vers la parole. Ce recueil de conférences et d’essais,
s’échelonnant entre les années 1951 à 59, témoigne d’une
interrogation profonde sur l’être du langage, sur son déploiement le plus
propre.
La question directrice est celle de savoir
pourquoi le langage est éprouvé à notre époque technoscientifique à partir du
signe comme moyen d’information et de communication et pourquoi ou
comment le poème semble résister à cette mise à disposition du langage :
Un poème ne se laisse jamais programmer.
A cet effet, Heidegger reste fidèle à la
méthode qu’il a lui-même énoncé pour la première fois dans sa première
œuvre principale : Etre et temps (SuZ, 1927) soit : la
de-struction phénoménologique qui, couche par couche, déblaie notre
tradition métaphysique occidentale restée figée pour, en conservant comme fil
conducteur la question de l’être, en délivrer le sens originaire. Le sens
originaire du langage. A notre époque où le langage est éprouvé d’une
part et majoritairement en sa qualité informationnelle et communicationnelle et
d’autre part, mais de manière marginalisée, dans l’expérience
poétique notamment, en sa qualité monstrative, il s’agit de mettre au
jour comment ces deux appréhensions sont liées entre elles, cad de mettre au
jour laquelle de ces deux appréhensions, plus originaire, a permis à
l’autre de se déployer. Pour ce faire, le retour à l’aube de notre
tradition, à l’aube première de la pensée est nécessaire. Cette aube est
celle des Grecs, des premiers poètes et penseurs grecs, notamment Héraclite et
Parménide.
Or le retour aux premiers penseurs grecs
révèlent, pour ce qui concerne la question du langage, au moins deux choses. La
première : Comment le logos, qui est le terme grec pour le langage,
est éprouvé à partir de l’aletheia, du dés-abritement
(Unverborgenheit), du décèlement. Mieux le logos, en ce qu’il laisse
étendu ensemble devant (beisammen vorliegen lassen), qu’il met à
l’abri dans la non-occultation, qu’il dévoile, est aletheia (qui
est dévoilement, Entbergen). [legein : étendre (legen), rassembler
(versammeln), mettre à l’abri, cueillir (lesen) : laisser étendu
ensemble devant nous]. Autrement dit, le langage comme logos est éprouvé comme
ce qui laisse venir une chose dans le non-caché pour l’y abriter. Le
logos n’est donc en premier lieu ni voix (phoné), ni signification
(semainein). Ainsi ni l’expression, ni la signification, qui passe
aujourd’hui pour les traits principaux du langage, ne nous livre
l’empreinte essentielle reçue à son origine par le langage, qui est de
laisser apparaître une chose en l’invitant à venir s’étendre devant
nous, en l’invitant à la présence. Le logos amène ce qui apparaît à se
montrer de lui-même. Le logos est éprouvé en son trait essentiel qui est le
montrer.
Pourtant, et c’est la deuxième chose que
nous apprend ce retour à la tradition, ce trait essentiel, bien
qu’éprouver et habiter par les premiers grecs, n’est jamais
thématisé, pensé en tant que tel, à partir de son origine. Cet oubli, corollaire
de l’oubli de l’être qui est l’histoire même de notre
tradition occidentale, ne fera que s’accentuer par la suite en fonction
des successives métamorphoses de la vérité (aletheia, rectitude-orthotès,
adequatio intellectus et rei, certitude, Plank : la vérité est ce qui est
mesurable, v.tabl.1). Je ne reviens pas ici sur les changements successifs du
déploiement du langage qui reposent dans la mutation de l’être de la
vérité.
Le retour au premier commencement de notre
tradition suffit à montrer que l’appréhension actuelle du langage
n’est pas l’en soi (an sich) du langage, son être absolu, mais un
mode historique et destinal co-rrespondant à la donation actuel de l’être
dans une époque essentiellement régie par la technique. Si le langage est
aujourd’hui appréhendé comme moyen d’info et de comm c’est
qu’il est lui-même sommé, comme tout étant, de co-rrespondre à
l’appel exigeant et provoquant (Der herausfordernde Anspruch) du Gestell,
ce dernier nommant chez Heidegger l’être, l’essence (Wesen) de la technique
moderne. Le langage parle alors la parole du Gestell (die Sprache des Gestells)
et devient information ; fond disponible et manipulable pour
l’information.
Pourtant, puisqu’un autre déploiement du
langage, éprouvé au haut temps des grecs, aperçu ensuite par quelques poètes,
continue, certes marginalement, à se déployer, il convient, avec Heidegger, de
le penser, de le thématiser pour la première fois de son histoire.
Il convient de penser le langage
phénoménologiquement, au sens où la phénoménologie (legein ta phainomena) met
au jour ce qui n’apparaît pas, ce qui ne se montre pas, qui se cache mais
qui appartient essentiellement à ce qui se montre et qui en constitue le sens.
Or ce qui ne se montre pas dans le déploiement actuel du langage, c’est
son trait essentiel, originaire : celui du montrer. Mais plus encore ce
qui ne se montre pas dans toute notre tradition occidentale orientée sur
l’étant (dès les écrites de Platon et Aristote), c’est
l’être, qui laisse être cet étant. L’être ne se montre pas, il est
l’inapparent, l’anonyme. Penser l’être en son sens
caché telle sera donc la tâche d’une pensée post-métaphysique.
Heidegger va donc penser le langage, et ce dès
les années 30 (2ème œuvre principale : Beiträge zur
philosophie, 1936-38), penser le langage à partir de l’être. Il lie
autrement dit intimement la question du langage à ce qu’il nomme la
question fondamentale de la philosophie : Wie west das Seyn ?
Comment l’être/l’estre se déploie-t-il ? Mais l’être
n’est plus à présent pensé comme fondement de l’étant, comme, par
exemple, l’idée lumineuse éclairant chaque chose, mais au contraire comme
ce qui, laissant être l’étant, se retire, s’absente. L’être
est donation pure (Reines Geben). Il laisse l’étant être ce
qu’il est, le laisse parvenir à son propre. Laissant être l’étant
ce qu’il est, lui octroyant l’être et l’appropriant,
l’être est Ereignis : événement-appropriement. Ce tournant
(Kehre) dans le chemin de pensée de Heidegger marque l’entrée de
l’Ereignis-denken, où chaque chose ne doit pas être réduite à un concept,
à une essence, mais doit, dans une ouverture appropriée, venir se montrer
d’elle-même en ce qu’elle a de plus propre. La parole n’est
ainsi d’abord ni expression, ni moyen de communication et d’info,
ni système de signes.., la parole est simplement parole. La parole parle, elle
est parlante. Cette parole qui parle, pensée à partir de l’Ereignis comme
montrer, Heidegger la nomme die Sage (
L’être du langage ainsi pensé n’a
que peu en commun avec les conceptions antérieures, métaphysiques, de notre
tradition. Notre tradition occidentale enseigne que la parole est expression,
extériorisation, qu’elle relève en première instance de notre activité.
Penser le langage en son déploiement le plus propre comme Dite, où c’est
la parole qui parle en propre et où l’homme à son écoute ne fait que
parler à la suite (nachsagen), où un se laisser-montrer (sichzeigenlassen)
précède et accorde (gewährt) notre dire montrant, penser le langage en son
déploiement le plus propre comme Dite donc « brise (bricht) comme
le dit Heidegger, cette contrainte de la représentation qui pèse sur la
parole ». Briser une conception antérieure, traditionnelle, ne va pas sans
une certaine violence, d’autant plus quand cette conception ou
représentation est, à quelques modifications près, restée la même « depuis
2500 ans ». Heidegger ne rejette pourtant pas l’exactitude, ni
l’utilité des représentations antérieures qui nourrissent
aujourd’hui encore l’appréhension scientifique et linguistique du
langage. Tout en les brisant, en les détruisant, ou déconstruisant, il leur
accorde, comme il est dit dans SuZ, un « droit relatif »,
sous-entendu non-absolu.
Heidegger cherche ainsi simplement à laisser la
chose, qui est affaire de la pensée, venir se montrer, se manifester à partir
d’elle même comme ce qu’elle est en propre. La pensée de Heidegger
va ainsi à l’encontre de notre mode de penser courant et quotidien où la
chose représentée, et non pensée, énoncée, mais non nommée, se règle sur notre
entendement, est rectifié par lui pour être à sa/notre disposition. La pensée
de Heidegger nous sort de l’habituel, de la pensée qui calcule, et de la
sorte étonne et déconcerte (befremdet) ; elle s’exprime
tautologiquement et pense phénoménologiquement. Le penser et le dire de
Heidegger qui cherche, en se mettant à l’écoute de ce qui est digne de
penser, à répondre, dans la simplicité du langage, à ce qui vient se dire à
nous, mortels parlants, peut, dérangeant de la sorte, faire peur. Mais
l’effroi (Schrecken) et la crainte (Scheu) ne sont-elles pas les deux
tonalités affectives fondamentales qui rendent possible le déploiement de
l’autre commencement de notre tradition ? Ces tonalités déplacent en
effet l’homme, qui éprouve ce refus de l’estre, dans l’ouvert
de l’être en ce qu’il a de plus propre, à savoir : être ce
qui, tout en laissant être l’étant, se retire, se cache. Déplacer de la
sorte, l’homme est ramené (zurückbringen) en son lieu de séjour le plus
propre, et se déploie ainsi, assumant cet ouvert de l’être, comme Dasein.
L’être, dont le retrait constitutif et originaire est devenu, à notre
époque, refus et négativité ; l’être, prisonnier de sa propre
démesure, a besoin d’une libération. C’est à l’homme
qu’incombe la tâche. Il doit pour cela tendre à l’être un Ouvert
conforme à son essence. Il doit pour préparer cette venue de l’être,
apprendre à habiter en poète, apprendre à habiter dans le parler de la parole
et parler ainsi dans un dire qui co-rresponde au mieux, dans la proximité la
plus proche, au dire de l’être. C’est ce qu’a tâché
d’entreprendre, à notre avis, Heidegger dans son recueil intitulé Unterwegs
zur Sprache. Notre travail, espérons le, fournit une contribution pour
mieux cheminer à côté de cette tentative de nous rendre autre par une
expérience nouvelle éprouvée avec le langage.
Nous finissons cette présentation par une
strophe d’un poème de l’écrivain allemand Eichendorff, cité et
traduit par J. Beaufret, dans son écrit du logos au langage, strophe qui
vient nous dire quelque chose de ce déploiement de la parole dont Heidegger
s’est mis à l’écoute :
Schläft ein Lied in allen Dingen
Die da träumen fort und fort
Und die Welt hebt an zu singen
Triffst du nur das Zauberwort.
Un chant sommeille en toutes choses
Qui toujours plus loin vont rêvant
Et le monde se met à chanter
Sitôt trouvé le mot magique.
Brouillon
Expression :
Dire le langage vs langue.
Botschaft : message vs annonce.
Wesen: être , déploiement. WdS 201/186. Contre la
signification métaphysique (was etwas ist, essentia). Zeitwort – Weilen (séjourner), währen
(durer). Es west (an),
cela vient se déployer et nous concerner (belangt uns). La parole appartient au
déploiement qui met tout en chemin, puisque ce dernier met en chemin en
parlant. Note 1, p.
141. Etre de la
technique – déploiement de la parole. M16
Le Bruit (der Lärm), le son (der
Laut).
Fonds :
Q. du langage – Q. fondamentale de la
philosophie : Wie west das Seyn ?
Ramener (zurückbringen) l’homme dans son
déploiement le plus propre.
B comme une tentative (Versuch)
Co-appartenance (Zugehörigkeit) de
l’homme et du langage à l’être (zum Seyn). L’être fait usage
(Brauch) de l’homme.
Sinn, Wahrheit, Ortschaft-topologie de
l’être.
Tournant des années 30 Hölderlin, Beiträge
(langage, être, ereignis)
Anwesendheit : Gegen-stand : Bestand.
L’ob-jet
disparaît dans le sans-objet du fonds (das Gegenstandlose des Bestandes)
Le Gestell est le mode destinal dans lequel
l’être se donne, se déploie et vient parler à l’homme dans notre
époque technico-scientifique. Pas un faire (Tun) humain. Ecouter cet appel
– se libérer- entendre l’annonce d’un déploiement nouveau (négatif
photographique de l’Ereignis, tête de Janus).
Le langage est sommé, sous l’appel du
Gestell, de servir d’instrument disponible à l’homme pour que
celui-ci poursuive son exploitation de l’étant. Le langage parle la
parole du Gestell (die Spache des Gestells). La parole ainsi sommée devient
information.
Destins de l’histoire de l’être
– manifestations du langage.
Langage |
Vérité |
Etant |
Epoque |
Logos,
Zeigen, laisser entrer en présence |
aletheia |
Alethès, ousi, parousia Anwesenheit,
présence |
Héraclite-Aristote |
Systèmes
de signes, (Zeichen, Bezeichen), instrument conventionnel de désignation |
Rectitude,
orthotès Adequatio |
on, Anwesend, l’étant-présent |
Stoa Thomas
d’Aquin |
Instrument
de la représentation |
Certitude,
cogito, subjectivité |
Gegenstand,
l’ob-jet (rectifié par la représ.) |
Descartes |
Instrument
d’information et de communication |
Ce qui
est mesurable |
Bestand,
le fonds disponible |
Technique,
Gestell |
Dite,
monstration |
La vérité
de l’Estre |
Estre
comme Ereignis, comme ce qui donne et se retire |
Ereignis-denken,
Heidegger, A-venir |
Désigner ce n’est plus montrer au sens de
laisser-apparaître. Les conceptions du langage dépendent de l’appel de
l’être dans sa vérité. De Héraclite à Aristote l’aletheia, la
parole à partir du montrer n’est pas thématisé, pensé mais éprouver,
habiter, nommer.
Pas de sonorité pure, toujours déjà compréhension. Le langage appréhendé en sa positivité (signe graphique et phonétique, sonorité) est étant et subit alors les métamorphoses successives de tout étant. Oubli du montrer, oubli de l’être. La conception actuelle, positive, du langage n’est rien de nouveau mais l’assise de la tradition. Univocité du signe dans le traitement informatique. Un poème ne se laisse par principe jamais programmé. Le poème refuse sa mise à disposition au service de l’information. Refus (Verweigerung) de la langue.
Partie II
Refus de la parole d’être à
disposition : deux expériences. Das rechte Wort nicht finden. Das Gedicht.
(l’échec de la parole quotidienne, la parole essentielle). La parole dans
son refus, se retire et vient nous concerner. La parole est ce qui fait don du
mot juste (vs volonté, possession). Interruption du bavardage. Une parole
silencieuse rend possible notre parler. Le poème porte au mot cette expérience.
Benn : le mot est feu qui éclaircit le monde. Le mot est libérant. Il nous
ouvre au monde (en ces contrées). George : Kein Ding sei wo das wort gebricht. Le mot donne être à la chose. Le mot ne décrit pas une chose déjà
là, mais lui donne être en l’invitant à la présence. Le poète apprend à
renoncer aux conceptions traditionnelles d langage. Le poète a fait
l’exp. avec le haut règne du mot. Changer son dit- chant. Trakl. Le mot
pour le déploiement de la parole n’est pas accordé au poète
(Hölderlin : Fleur de bouche). Nécessité de la pensée (nachdenken).
L’exp poét rend possible l’exp pensante. La pensée pense le secret du mot (le mot
donne présence à la chose), pense le rapport entre mot, être et chose. Logos.
Le mot n’est pas un étant mais le donnant. Il y a mot, es gibt.
Mot=être ? L’être laisse être l’étant. Le mot laisse être la
chose. Mot et être sont une affaire de la pensée. Mot et être sont libérant.
Ils libèrent ce qui se tient en retrait à la présence. Ils donnent et se
retirent. Ereignis. Es
(Ereignis) gibt. L’Ereignis approprie, le mot
donne. Le mot n’est pas (le langage n’est plus concept). Le mot
libère la chose à son être chose. Il l’invite et la ménage. (Reich und zart) Générosité. Le mot be-dingt la chose. La chose laisse séjourner, rassemble et
approprie les quatre contrées. Les choses portent le monde à son terme
(austragen). Die Dingen
bergen das Geviert. Le mot abrite la chose ?? M53 (teneur terrestre du mot ;
WhD122/QaP 133 befehlen-bergen ; S24 das Sagen birgt die Dinge in den
Glanz von Welt). Le mot sort la chose de son oubli en
la nommant. L’appel porte les choses appelées dans une présence plus
haute que celle de ce qui s’étend (das Vorliegende, das Vorhandene).
Nomination vs énonciation (effacement du sujet au profit du phénomène), laisser
parler la chose à partir d’elle même (aletheia) vs parler sur/de la chose
(subjectivité). Les choses abritent le monde, le dire abrite les choses. Monde
et chose se traversent et laissent l’autre parvenir à son propre. La
dif-férence mesure (ermisst) chose et monde en leur propre. La diff qui approprie
monde et chose est la diff ontologique (être-étant) pensée à partir de
l’Ereignis. La parole du poème c’est le parler de la parole
(nommer). L’appel rassemblant de la différence (Geläut) apaise (stillt)
monde et chose en leur propre : das Geläut der Stille (le recueil où sonne
le silence). La parole qui parle dans le poème est GdS. Rien d’humain.
L’homme appartient à cette parole. La parole silencieuse laisse chose et
monde se déployer et nous concerner, libérant notre propre parler qui les nomme,
les abrite. Monde et chose parlent, viennent se dire à nous, se montrent. Die
Sage.
Tout ce qui vent se dire, se montrer ou
qui en retrait, dans le non dit, attend de venir se dire repose dans la dite.
Différents modes du montrer de
Partie III
Le Gestell comme mode historique co-rrespondant au mode destinal de l’être de notre époque technico-scientifique. Ein Wandel im Sein. L’homme peut contribuer (Mithilfer) au déploiement de l’être. Selon comment l’Ereignis se déclôt (entbirgt) ou se retire (entzieht) parle la parole. Oubli du désabritement. Le Gestell occulte le dévoilement, la vérité. L’homme ne perçoit plus la provocation du Gestell comme une Anspruch. Tout dévoilement a lieu à partir de ce qui accorde. La technique est un mode destinal, comme le langage techniciste. Ce qui en retrait accorde peut alors faire jour, se montrer. Eprouver le Gestell comme péril et il porte la plus grande faveur (Gunst). Préparer : apprendre à habiter en poète. Mode poétique : le plus originaire mais le plus marginalisé. Vigilance, pas qui rétrocède, pensée mémorante. Habiter en poète : prendre la mesure, mesurer l’ouvert du monde, bâtir, ménager les choses. Echapper à la provocation du Gestell. Le voisinage du penser et du dire philosophique comme habiter originaire. Nachbarschaft : habiter dans la même proximité. La pensée se laisse dire un dit qui échappe à l’appel du Gestell.
Partie IV
La parole est pensée à partir de l’Ereignis. Zur Sprache bringen : faire venir à la présence qqch. Il manque la parole venant abriter l’Ereignis en le disant. Les obstacles (die Hindernisse) contre ce dire : L’homme est propriété de l’Ereignis, ne peut poser l’Ereignis comme un gegen-stand : échec de la pensée représentative et du dire énonciateur (dire sur vs à partir de, avec). Refus (Verweigerung) de l’être à venir se dire dans une parole énonciative. La forme, la manière de dire doit se métamorphoser, être une réponse à l’Ereignis. Poème : chant, louange, un écho inaudible, un murmure à l’allure de chant. Pensée : tautologie, dire simple et phénoménologique, poésie. Le simple de la parole : das Einfache der Sprache. Retour à l’exp des présocratiques. Dire le même, l’identique (das Ereignis ereignet, die Sprache spricht). La tautologie comme accès à l’être. Les formulent tautologiques lient la pensée à son affaire. Poésie et tautologie ne remplacent pas la pensée mis sont des signes s’inscrivant dans cette nécessité d’un dire co-rrespondant à l’Ereignis. L’ampleur du regard, la profondeur de la pensée, le simple du dire. Une parole qui déconcerte (befremdet), qui nous sort de l’habituel. Le parler habituel (va habitude, habiter) utilise le langage alors que le dire essentiel est le parler que la parole parle à travers l’homme. Ce qui se donne à penser exige un autre dit. Dit tautologique – et pensée phénoménologique. Heidegger prépare l’autre commencement d’une manière anticipatrice sur le mode du faire signe (in einer vorläufigen, vorwinkenden Weise). Co-rrespondre au simple de l’annonce de la duplication. Tout penser méditant est un dire poétique et toute poésie dite un penser. Sprache 1972.
Mot
bilingue :
Die Zwiefalt – duplication
Entfaltung – déploiement
Unverborgenheit – dés-abritement
Entbergen – dévoilement
Hervorbringen – produire
Herausfordern – provoquer; de
Herausforderung : la provocation
Der herausfordernde Anspruch –
l’injonction provoquante (das herausfordernde Stellen)
Ge-stell – Rassemblement de tous les
modes du poser (nachstellen, bestellen, verstellen)
Bestellbarkeit – disponibilité
Schickung des Seins – destination de
l’être
Nachrichten: informer, se régler correctement
sur.
Ein andenkendes Denken : une pensée
mémorante
Vernichtung des Dinges : néantisation de
la chose
Schonen : ménager
Be-dingen : anwesenlassen : laisser
venir à la présence.
Verweilen : séjourner
Nennen : näherbringen : Heissen :
befehlen : einladen : anvertrauen : schonen : bergen. Gebärden: porter à sa figure.
Gönnen : accorder
Gewähren : accorder, octroyer ; das Gewährende
: le plus octroyant.
Die Innigkeit : l’intimité
Enteignen : désappropriée
Die Stille : la paix silencieuse
Das Zwischen : le milieu
Der Unter-schied : la dif-férence
welten: se déployer comme monde
Be-wëgung : mise en chemin
Das Regende : le remuant
Aufriss : le tracé ouvrant
Brauchen : utiliser, en avoir besoin
(sémT)
Vereignung : remise en propre
Das Lauten des Wortes : le retentir du mot
Schweigen : se taire
Austragen : Auseinandertragen: diapherein
Mundart: dialecte, genre de la bouche.
Zusprechen : venir parler
Ansprechen : concerner par la parole
Der Wartende : celui qui attend
Nach verschiedenen Massen der Nähe zum
Ereignis : à des mètres divers de la proximité à l’Ereignis.
Das Zuvor-kommen in der Zurückhaltung : la
prévenance dans la retenue
Entwachen : éveil
Kehre : tournant
Erblicken : apercevoir, prendre en vue
Einblicken : regarder dans et vers
Machenschaft : machination
Wachsamkeit : vigilance
Die Verweigerung ist der Vorenthalt : le refus est la réserve.
Aletheia, techne, poiesis,
semeia-sumbola-onoiomata (signes, zeichen, zeigen), semainein (signifier),
deiknumi (montrer, zeigen), onomaxein (Nennen), phainomenon (phénomène),
upokeimenon (sujet), apophansi-kataphasi, legein ti kata tinos (dire qqch sur
qqch), zoon logon econ (l’animal doué de langage, raison : nous),
diaphora eidetike (differentia specifica), phoné
Date importante :
1907 dissertation sur « Signification multiple
de l’étant chez Aristote » (Brentano, 1862)
SuZ 1927 Notre compréhension de l’être, le sens de l’être.
Dim. Compréhensive de notre Dasein.
SS 1934 : Logik : Wesen der
Sprache. Méditation sur
le logos. + Hymnes
d’Hölderlin WS.
1936-8: Beiträge zur Philosophie : Vom Ereignis. /
Saisir le sens de l’être à partir de lui-même, en son propre (Eigen).
UH 1946-9
Présentation :
Eprouver le phénomène du langage dans toute son
envergure (historique) et non plus seulement dans son déploiement actuel. Faire
une expérience avec la parole. Quelle est la ressource du langage. Le poème, le
langage naturel livré par la tradition, le langage maternel. Plurivocité.
Destination de l’être, interroger la tradition (Héraclite, Aristote), pas
de langage en soi. La parole de l’homme co-rrespond à la parole de
l’être. Contre la conception traditionnelle et métaphysique de
l’homme (zoon logon echon vs Dasein) et langage (signifiant-signifié vs
essence historico-ontologique). Langage et estre. Le dire poétique co-rrespond
à l’appel de l’être. D’autres expériences avec la parole. Si
l’éclair aperçut par Höraclite eut été pensé le monde en serait changé.
Le dire est montrant avant de devenir information. Le langage n’est pas
un mode littéraire, mais institue notre rapport au monde. L’animal
communique, l’homme parle, nomme. Faire une expérience avec la parole qui
nous rende autre. Nous porter au lieu de son déploiement.
Schüssler :
Genos 6 : La tonalité affective fondamentale de
notre époque : l’effroi (der Schrecken vs Erstaunen pour le 1er
commencement). L’être s’est retiré de l’étant. Oubli de
l’être. L’être se laisse oublier, il se cache. L’être ne se
montre pas, il est l’inapparent. Penser l’être en son sens
caché : tâche de la pensée postmétaphysique (vs métaphysique qui pense
l’étant en son fondement, onton e onton). Méthode : la
phénoménologie (legein ta phainomena, dire, apophainesthai, laisser apparaître
les choses elles-mêmes telles qu’elles se montrent). Mettre au jour ce
qui n’apparaît pas, ce qui ne se montre pas, qui se cache mais qui
appartient essentiellement à ce qui se montre et qui en constitue le sens.
L’être est le phénomène de la phénoménologie. SuZ : partir de notre
compréhension de l’être pour mettre au jour l’être lui-même en son
sens caché (analytique existentiale). La phénoménologie du Dasein est
herméneutique. Répétition : de-struction phénoménologique qui déblaie couche
par couche la tradition figée pour en délivrer le sens originaire avec comme
fil conducteur la question de l’être 111. Etre : parousia :
présence : temps. Mais le Dasein ne peut déterminer lui-même le temps de
l’être (pas le maître du temps, facticité du Dasein). Tournant : Dasein-être :
être-Dasein. Don (Gabe), donner (geben) qui se soustrait. Er-eignis Denken. (Retrait du Dasein: la mort ;
Retrait de l’Ereignis : la mort, le cèlement originaire,
verbergung). Dasein est propriété de l’Ereignis. Temporalité ekstatique
et historialité du Dasein impliquée dans celles de l’être. L’être
est le don factif de l’appropriement se cachant. Se délivrer à partir de
son passé vers l’a-venir. Le destin délivré : l’appropriement
même. Possibilité qui s’annonce par l’effroi. Par
l’effroi : expérience du refus de l’être. 1er
commencement : don démesuré (übereignung), présence excessive de
l’être privée d’absence (et retrait excessif de l’Ereignis).
Autre commencement : l’Ereignis comme ce qui donne et se retire. Jeu
réciproque du premier et de l’autre commencement. Le Dasein doit
anticiper le jeu par une méditation historiale, par une herméneutique, i.e. une
interprétation de ce jeu de l’appropriement aux deux commencements.
L’appropriement par la bouche du Dasein sera son propre interprète.
L’herméneutique n’est plus existentiale mais
ontologico-historicale. S’enquérir du sens, de l’ouverture de
l’estre sur le mode de cette herméneutique. Dialogue. Accomplir la vérité
de l’estre, porter à la parole l’essence de l’estre. Dépasser
le 1er comm. en faveur du 2ème. Questionnement et dire
autre. Mettre au jour ce refus comme le se cacher le plus profond de
l’appropriement en faveur de son don. Histoire de la métaphysique :
recouvrement progressif du sens originel de l’être et don épocha qui se
retient et se retire. L’hist de la mét est l’histoire du cèlement
de l’esrtre (Verborgenheit des Seins). Le refus de l’estre –
éprouvé dans l’effroi – est l’intonation de l’essence
la plus profonde de l’estre comme appropriement : celle du don qui
se retire pour laisser être ce qu’il donne.
Die Auseinandersetzung mit dem ersten Anfang
der Geschichte des Denken.
Verweigerung (das Seyn west als die
Verweigerung) und Verzicht.
Das Ereignis bleibt das Befremdlichste.
276 : Das Seyn und die Sprache
Die erste wirkliche Frage : dem Bezug der
Sprache zum Seyn.
Zoon logon echon, animal rationel,
corps-âme-esprit |
Dasein, mortel, Wächter der Wahrheit des
Seyns |
Logos als Aussage |
Logos als aletheia |
Sprache-seinden |
Sprache-Seyn |
Sprachphilosophie |
Sprache als Sage |
Homme utilise le langage |
Homme est utilisé par la parole |
La méditation sur le langage pour trouver notre
lieu de séjour dans l’estre lui-même. Dépassement de la
métaphysique : déterminer l’homme et le langage à partir de
l’être.
Mutation de l’essence de la vérité :
Rectitude objective de l’énoncé se réglant sur les objets :
rectitude soumettant les objets à ses règles. Disparition de l’essence
trad de la vérité.
L’élément qui s’est perdu. Chez
Aristote : vérité logique et noétique (ontologique). Le caractère
manifeste (alethes) de l’être de ce qui est s’est perdu. Un
mouvement de retrait (Entzug) ou de refus (Verweigerung) affecte l’être
de ce qui est. Heidegger : nouvelle pensée de l’être : refus et
caractère manifeste : a-letheia. Le cèlement (Verbergung) est ce qui
abrite l’estre. L’estre laisse être l’étant. Le cèlement,
dimension intégrante de l’estre, est la mort (au sens existential) à
l’œuvre. L’estre est donation pure (reines Geben). La
mort : dimension thanatique. Se donner – se retirer :
réciprocité. Manifesteté excessive de l’étant – Refus de
l’estre. Excès (Ubermass) du dé-cèlement au début grec (chez Platon,
eidos, idea, lumière de l’idée ; idein : voir). Ouverture excessive,
apérité totale vs la dimension thanatique. Ouvert pour l’étant présent.
Retrait qui est abri, devient refus, négativité négatrice.
Vue correcte, qui se dirige correctement sur
l’eidos : orthotes (rectitude) et omoiosis (adequation).
L’estre a besoin d’une libération. C’est à l’homme
qu’incombe la tâche. Tendre à l’estre un Ouvert conforme à son
essence. Il faut qu’il soit arraché de son orientation sur l’étant
par la tonalité de l’effroi. L’estre a disparu de l’étant.
L’estre disposant l’homme dans l’effroi l’ap-proprie
comme le mortel qui assume son Ouvert : Da-sein. Le refus peut alors se
déployer comme réserve cachée qui abrite la donation de l’estre. Que
l’homme se fonde comme Dasein par un projet anticipé. Ereignis : la
donation a lieu à partir du refus. Abriter l’éclaircie du cèlement dans
l’étant : accord litigieux de la terre et du ciel. Terre :
abri, cèlement. Ciel : éclaircie. Mortel : Ouvert. Dieux :
faveur, donation à partir du refus.
Terre |
Ciel |
Divins |
Mortels |
Abri, cèlement + réserve (Phusis) |
Eclaircie |
Faveur, donation, le plus lointain,
l’advenue silencieuse, ceux qui font signe. |
Ouvert, Da-Sein |
L’homme habite sur la terre sous le ciel
devant les divins devant lui-même comme mortel et dans le monde. Habiter
(wohnen) : séjourner (sich aufhalten) ; demeurer en paix (Frieden): ménager
(schonen) : remettre qqch à sa propre essence.
.
Quadriparti : monde. Ménager ce
Quadriparti. Ménager les choses dans lequel il est abrité. Ethos du ménagement.
La rectitude n’est plus dominatrice mais le sens de l’aménagement.
SuZ : vérité en lutte contre une non-vérité.
L’essence de l’estre : laisser
être, donation et appropriement. Seyn : verbe : déploiement,
activité. Héraclite : phusis kruptesthai philei. Le cacher est un trait
essentiel de l’être en tant qu’il éclôt. Le sens le plus profond de
l’être c’est laisser, laisser être l’étant, donner. Il le
laisse se déployer librement. Il le laisse être en se cachant. L’estre se
déploie dans le se cacher (sich verbergen). Il est l’anonyme : le ça
(es).L’essence de l’estre : es gibt sein : cela donne
être. Il est rien. Il est ce donner en propre : sich zu eigen geben.
Ereignis. Il est double mouvement : donation dans le retrait.
L’estre est donation-appropriement. Le retrait n’est pas néant mais
donation. La mort abrite l’estre pour qu’il puisse se ressourcer.
L’estre se donne à partir d’une absence, retourne dans
l’absence et demeure absence dans son déploiement. Le Da-sein n’est
pas l’homme en soi mais le Da-sein. Ouverture et cèlement :
adversité réciproque. (Mythe de la caverne : obscurité-lumière, idée).
Tradition comme l’histoire d’une conquête de la lumière. Mutation
de la vérité : aletheia :idée : rectitude de la pensée et de
l’énoncé. Diriger correctement son regard sur la lumière des idées. La
vérité prend siège dans l’entendement. L’estre est prisonnier de sa
propre démesure. Il est dans la détresse et requiert une libération. Une
détresse essentielle (Wesensnot). Que l’estre retrouve présence en son
absence. Ce qui se montre à nous et se retire : le secret. Par
l’effroi l’estre se dévoile en son refus. L’effroi arrache à
la familiarité du comportement courant au sein de l’étant et le
transporte dans un autre séjour : dans l’Ouvert de l’estre. Le
refus est réserve de possibilités nouvelles de l’estre. Cette possibilité
de donation il faut la retenir : retenue (Verhaltenheit). L’étant,
comme chose, sera le lieu de cette retenue, de cette mise à l’abri de la
donation. [Poète : étonnement,
effroi ; Penseur : retenue dans le mot, mise à l’abri de
l’aperçu du poète]. L’estre fait signe (winken). 3ème
tonalité : la crainte (Scheu). La donation de l’estre s’amorce
sur le mode du dire. La retenue : abriter la donation, or le premier mode
d’abriter la donation de l’estre réside dans le langage en tant que
celui-ci dans sa partie phonétique ou écrite est de l’ordre de la terre.
La retenue est attente qui écoute : la donation est mot. La crainte :
faire silence : laisser l’estre se déployer comme Ereignis. Le
divin : le plus lointain, la faveur, l’approche silencieuse. Triple
tonalité affective : effroi, retenue et crainte, déplace l’homme
dans l’Ouvert de l’estre. L’homme est placé dans
l’Ouvert de l’estre en y étant jeté. C’est par ces tonalités
affectives déjà que l’estre s’approprie l’homme comme celui
qui assume son Ouvert : comme Da-sein. Eschatologie de l’estre comme
Ereignis. L’homme cherche, veille et garde l’estre. Il est souieux
de l’estre. Il veille sur l’advenue silencieuse de l’estre.
1er commencement |
2ème commencement |
|
Etonnement (Erstaunen) |
Effroi (Schrecken) |
Expérience du refus (Verweigerung) |
|
Retenue (Verhaltenheit) |
Mise à l’abri (Bergung) |
|
Crainte (Scheu) |
Faire silence (schweigen) |
Wahr-heit : ce qui éclaircit (das
Heiternde) et ce qui garde (wahrt), éclaircie pour le cèlement – die
Lichtung für das sichverbergen. Seyn vs nichtsein. L’éclaircie doit être retenue et abritée pour conserver ce
cèlement originaire. Etant, terre, lutte terre-monde. Etant : chose.
L’homme habite dans le quadriparti en ce qu’il ménage toute chose
en son être. Profond accord. Sauver la terre, la laisser revenir à son essence
propre. Laisser les choses se déployer comme chose consiste à les remettre au
cèlement, en les laissant être des choses de la terre. Le poète mesure
l’Ouvert de l’éclaircie de l’estre en son cèlement, soit
l’Ouvert entre le ciel et la terre. Toute chose à sa mesure propre
(éloignement-proximité). L’orthotès comme sens de l’aménagement
prend place dans l’aletheia et dans un ethos du ménagement.
Beaufret, du logos au langage, 1974
L’essence de la langue : expression
et signification.
Heid, SuZ, 247 : Nécessité de fonder à
nouveau la linguistique sur des bases ontologiques plus originelle. Chez Platon
la langue est eidétique. Devant le jour Héraclite dit jour/nuit. Les mots
appellent à la présence. Le poète montre sans décrire, évoque sans désigner.
Mallarmé : je dis une fleur et musicalement se lève l’absente de
tous bouquets. H : la parole courante est un poème oublié. Dans le domaine
de la langue le poète serait-il un intrus ? Vérité : présence, idées,
propositions, copule. Le est n’est pas simple signe mais appelle à
la présence, apophantique.
Il est un champ d’éteules où tombe une
pluie noire
Il est un arbre gris debout en solitaire
Il est un vent dont le murmure entoure des
cabanes vides, tristesse d’un tel soir.
Trakl, De Profundis, 1938
Le dire ne représente pas les choses par
d’autres choses mais nous déplace vers elle. Montrer, laisser apparaître.
Admettre que la langue est un système de
signes, corrélation d’un signifiant et d’un signifié, nous ne
l’admettons qu’en un sens relatif. Il a son droit relatif.
L’admettre au même titre que ce que la science nous dit des choses :
des fonctions à variable multiple. Du montrer au désigner : du logos au
langage. Le recueil d’H, Unterwegs , nous invite à nous mettre en route
vers une autre expérience du langage, une mise en route vers l’aube de
notre tradition, celle avec laquelle renoue qq poètes.
Eichendorf :
Schläft ein Lied in allen Dingen
Die da träumen fort und fort
Und die Welt hebt an zu singen
Triffst du nur das Zauberwort.
Un Lied sommeille en toutes choses
Qui toujours plus loin vont rêvant
Et le monde se met à chanter
Sitôt trouvé le mot magique.
Heidegger
Die Sprache
La parole est expression, extériorisation. Briser
(brechen) cette contrainte de la représentation qui pèse sur la parole.
Les choses abritent le monde et le monde abrite
les choses en ce que ces dernières laissent reposer les choses dans la faveur
du monde.