« Vieillir pour vivre »
Vieillir est un processus de la vie de vie
physiologique et biologique. Que nous le voulions ou non nous sommes par nature
soumis à ce processus.
Mais
laissons la physiologie et la biologie faire leur travail. Il est sans
doute plus intéressant de parler du vécu
lié au vieillissement.
Ce vécu, bien que propre à chacun, est empreint de
mythologie culturelle : ainsi nous avons tendance à opposer jeunesse et
vieillesse. C’est certainement justifié en termes de physiologie mais faux en
termes de psychologie.
De nos jours, on parle de « jeunisme » pour signifier le désir de garder un aspect
corporel physiquement jeune et les méthodes utilisées pour cela (diététiques,
chirurgicales, etc….). De même on parle de moins en moins de vieillesse mais de
3ème, 4ème âge, de bel Age à Cannes.
Dans nos cultures occidentales vieillir n’apporte pas
ou n’apporte plus le respect dû à l’âge. Malheur aux vieux qui, au-delà de leur
retraite, faute de personnalité attractive, ne savent pas se faire valoir socialement.
Ils rejoignent bien vite la cohorte des coûte chers à
la société. Le recyclage existe pour les plus vaillants, les plus habiles, les
plus riches. Ils ne sont pas la majorité. Et on voit se profiler comme une
évolution inéluctable, dans ce monde qui privilégie le rendement économique, le
recours à l’euthanasie et pourquoi pas, dans un futur plus lointain, le
recyclage des corps (je ne parle pas du don d’organes) de façon industrielle et
rentable. Les nazis l’ont déjà fait il y a moins d’un siècle.
Bref, passons à autre chose. Que penser du dicton
populaire : « Si jeunesse
savait, si vieillesse pouvait » ? C’est de plus en plus rare que
la société fasse appel à l’expérience des vieux pour aider les jeunes à
trouver sens à leur vie. Il n’y a guère
que dans les sociétés traditionnelles et tribales que les anciens restent des
modèles pour les jeunes. Même dans les Loges FM, qui pourtant prônent une
initiation et la quête d’un épanouissement humain, nous voyons bien que l’âge
moyen est supérieur à quarante ans. Cependant beaucoup de jeunes sont moroses
et faute de trouver des exemples capables de booster leur désir
d’épanouissement, de leur insuffler ou inspirer une direction, un sens (et non
pas du sens) à leur vie, ils se jettent à corps perdu dans les plaisirs
immédiats et faciles, laissant libre cours au déferlement de leurs pulsions
destructrices. Les voilà admirés pour leur jeunesse, leur apparente liberté et
décriés pour leur violence. Quant aux vieux, que dire de leur sagesse
ancestrale ?. Il est vrai que quelques uns
dégagent une profonde sérénité, mais combien d’autres s’acharnent à donner le
change, sinon à choir dans le misérabilisme, la culpabilité, la dépression et
la méchanceté des âmes « aigries ».
Je sais bien que vous savez parfaitement ces choses et
que mon propos vous agace, je sais que vous rêvez d’un monde meilleur, d’un
monde plus tolérant, sans méchanceté ni amertume et que vous êtes prêts pour
cela à donner de vous-même pour construire un tel monde, que vous appelez le
Temple de Salomon. Malheureusement, les lois, ni les bonnes intentions n’y
suffisent.
Voici un autre dicton populaire : « L’enfer est pavé de bonnes
intentions ». Je pense qu’il s’agit de l’enfer sur terre. Quelle plaie
les gens qui vous veulent du bien !!! Vous en avez sûrement connu. C’est
même sûrement une de vos tentations, ne serait-ce qu’avec vos enfants. Si le
bonheur pouvait se décréter, ce serait si simple ! A ce propos, je vous
invite à lire « Le prophète » de Khalil Gibran et notamment le texte
qui commence ainsi : « Vos
enfants ne sont pas vos enfants, ils sont les fils et filles de l’appel de
Autre dicton : « Les cimetières sont remplis de gens irremplaçables » ;
c’est très ironique et cela sous-entend que chacun se croit indispensable.
Personnellement çà m’inspire ceci : les hommes, plutôt que d’encenser
leurs morts ne feraient-ils pas mieux de se conforter entre eux dans un esprit
d’émulation contre les forces dissipatrices, ne feraient ils pas mieux de
chercher à « élever leur âme » plutôt que s’arroger des droits sur
l’âme de leur prochain aussi noire soit-elle. Le temps des boucs émissaires
dont Jésus Christ avait annoncé la fin, a devant elle l’éternité des hommes. Il
avait dit aussi : « Laissez les
morts enterrer les morts ». La gratuité des gestes altruistes, hormis
lors de catastrophes brutales et subites, n’a guère cours. La gratuité n’a pas
de prix et ce qui n’a pas de prix a cessé d’être prisé. Constantin, empereur
romain du 5ème siècle, après avoir assimilé ce qui restait de
l’enseignement de Jésus, a fait construire son Eglise, désormais romaine, sorte
de dépoussiérage de ce que la démocratie était devenue dans sa décadence
despotique. La civilisation romaine s’éteignait tandis que naissaient les
monarchies inféodées aux Eglises Orthodoxe et Catholique. Bien sûr, durant
toutes ces évolutions, des gens comme vous, comme moi, soucieux de maintenir
une spiritualité vivante et une vraie liberté, non aliénée à la bien pensance
et au bon savoir vivre du moment, au soi disant bon sens qui n’est que le sens
commun d’une culture située et datée, poursuivaient leurs errements existentiel
avec pour unique boussole des traditions ésotériques sans âge et leur potentiel
créatif.
Alors, vieillir, en dehors du biologique, ne serait-ce
que succomber à une illusion culturelle ? Je laisse cela à vos réflexions
et reste ouvert à vos questions et remarques pour engager un débat fructueux.
Si j’osais et je l’ose, je vous donnerai cette recommandation : ne
vieillissez pas pour vivre, ne vivez pas pour vieillir. Laissez cette affaire à
la physiologie qui se fout pas mal de nos désirs. Devenez ce que vous êtes,
soyez ce que vous devenez.
En guise de cerise sur le gâteau, je vais vous lire ce
texte, que je trouve magnifique, du Général Mac Arthur :
Etre jeune
La jeunesse n’est pas une période de la
vie,
Elle est un état d’esprit, un effet de
la volonté,
Une qualité de l’imagination, une
intensité émotive,
Une victoire du courage sur la timidité,
Du goût de l’aventure sur l’amour du
confort.
On ne devient pas vieux pour avoir vécu
un certain nombre d’années :
On devient vieux parce qu’on a déserté
son idéal.
Les années rident la peau ; renoncer à
son idéal ride l’âme.
Les préoccupations, les doutes, les
craintes et les désespoirs
Sont les ennemis qui, lentement, nous
font pencher vers la terre
Et devenir poussière avant la mort.
Jeune est celui qui s’étonne et
s’émerveille.
Il demande, comme l’enfant insatiable :
Et après ?
Il défie les évènements et trouve de la
joie au jeu de la vie.
Vous êtes aussi jeune que votre foi.
Aussi vieux que votre doute.
Aussi jeune que votre confiance en
vous-mêmes.
Aussi jeune que votre espoir. Aussi
vieux que votre abattement.
Vous resterez jeunes tant que vous serez
réceptif.
Réceptif à ce qui est beau, bon et
grand.
Réceptif aux messages de la nature, de
l’homme et de l’infini.
Février
2009