Franc-maçonnerie et Psychanalyse
ou le cabinet de
réflexion et le Divan
Deux préoccupations n’ont eu de cesse de hanter l’espace de ma conscience durant des années.
Ma
« vocation » de psychiatre, laquelle est passée par la voie d’une
psychanalyse personnelle.
Ma
quête effrénée de spiritualité qui m’a amené à quitter le catholicisme, à
fréquenter sans m’engager vraiment des mouvements sectaires et depuis quatorze
années la franc-maçonnerie.
Ce morceau d’architecture, mûrement médité avant d’être travaillé, se propose d’interroger succinctement, de façon la plus concise que j’ai pu, ces deux cheminements qui ont marqué mon parcours, celui d’un idiot (idiot au sens de sa racine étymologique grecque, idios, qui signifie : propre, particulier) : la psychanalyse et la franc-maçonnerie.
Pour cela je me suis limité à répondre à ces quatre questions :
ü Comment y vient-on (problème de la motivation) ?,
ü Quel en est l’objectif ?,
ü Quel en est le cadre opératif ?,,
ü Les deux démarches sont-elles compatibles ?
Comment y vient-on ?
1 ) On entre généralement en FM par cooptation, un parrain qui désire faire partager son expérience et qui a perçu chez un potentiel poulain un désir de perfectionnement personnel et de participation à la construction d’une collectivité humaine plus humaine.
2 ) On entre en psychanalyse généralement par choix personnel, le plus souvent en raison d’une souffrance morale ou le souci de se mieux connaître et d’appréhender les mécanismes inconscients, le « Cà » freudien à l’origine d’angoisses, de phobies, d’obsessions et autres, qui hantent notre vie.
Quel en est l’objectif ?
1 ) L’objectif de
2 ) L’objectif de la psychanalyse est de proposer à l’analysant de se débarrasser de ses préjugés, conditionnements et complexes par une démarche de déconstruction qui vise à mettre en lumière les tenants et aboutissants de ses constructions mentales. Cette démarche n’a aucun but humaniste mais seulement le projet de mieux se connaître et d’accéder ainsi à une plus grande capacité d’agir librement en toute connaissance de cause.
Nous pressentons d’ores et déjà que les deux démarches, la franc-maçonne et la psychanalytique passent toutes les deux par un processus de modification de la personnalité acquise.
Quel en est le cadre opératif ?
1 ) En FM, le cadre est celui d’une pratique de groupe, structuré selon un rituel spécifique et des symboles empruntés à l’art des constructions architecturales, notamment templières. La première étape se passe hors de l’enceinte du Temple, lieu dit sacré, il se passe dans le cabinet dit de réflexion où le candidat à l’initiation, seul en présence d’un crâne humain et d’une feuille de papier vierge, est invité, à la lumière d’une bougie, à écrire son testament philosophique. Par cela il est appelé de façon analogique à rompre avec son passé par une mort symbolique. Ce qui va suivre le confortera dans cette démarche. En effet, lors de la cérémonie d’initiation en Loge, il sera appelé à renoncer à ses bijoux c'est-à-dire aux valeurs profanes qui ont cours hors du Temple pour épouser des valeurs humanistes et idéalistes qu’il apprendra peu à peu à découvrir au fil des tenues et par sa réflexion personnelle sur les symboles et rituels mis à sa disposition.
2 ) En psychanalyse, la mise en scène, le cadre est sobre, fait d’un divan pour l’analysant et d’un fauteuil pour le psychanalyste situé à la tête du divan de façon à ce que l’analyste soit dérobé au regard de l’analysant avec pour seule consigne, énoncée par l’analyste en direction de l’analysant, de dire , d’exprimer par la parole tout ce qui lui vient à la conscience, sans tenir compte des interdits moraux, de la bien pensance, du politiquement correct, etc…Tel est le cadre rituelique qui va se répéter généralement 3 séances par semaine, tout au moins dans la psychanalyse freudienne.
Dans les deux cas en FM et en Psychanalyse va naître chez le sujet en situation un phénomène commun aux deux : le désir d’être reconnu, d’être aimé par ses frères en FM, par le thérapeute en psychanalyse. Dans ce dernier cas ce phénomène est appelé transfert ou amour de transfert et il est considéré tout à la fois comme un moteur et un obstacle au processus psychanalytique. De même, en FM l’apprenti peut être tenté de prendre refuge et trouver confort dans la fraternité maçonnique qui lui est si généreusement prodiguée et renoncer ainsi à tout effort et travail de perfectionnement. Toutefois sans cette fraternité et le sentiment d’amour qu’en éprouve l’apprenti, l’isolement personnel découragerait le processus de renoncement aux valeurs profanes pour des valeurs supérieures, spirituelles.
Les deux démarches sont-elles compatibles ?
Nous
avons vu que
Et nous avons compris que la psychanalyse
n’avait pas de but humaniste, ni de visée collective mais seulement l’objectif de révéler le sujet
à lui-même, à ses déterminants par une pratique systématique de déconstruction
du sujet jusqu’à une étape ultime de reconnaissance d’un manque fondamental et
fondateur du sujet, désormais irrémédiablement scindé, divisé, n’étant sujet
que d’être désigné comme tel dans l’univers langagier qui est sa marque
d’origine et sa matrice. Pensons à cette phrase d’Arthur Rimbaud « Je est un Autre » ou à
celle-ci du psychanalyste Jacques Lacan : « Je suis là où je ne pense pas, je pense là où je ne suis
pas ».
Malgré
ces différences d’approche, démarche idéaliste et collective de
Hiram, le grand architecte du Temple de Salomon, qu’il destinait à recevoir sans discrimination, des êtres humains de toute race, est tué par trois compagnons qui on voulu en vain lui arracher son secret. Avec sa mort la parole est perdue à jamais et les nouveaux disciples sont condamnés pour toujours à s’identifier au maître disparu et à partir en quête du secret que lui seul détenait. De même Œdipe est condamné à l’errance et à la cécité pour avoir tué son père et commis l’inceste avec sa mère Jocaste.
Ainsi, dans les deux cas, le père a été tué, laissant un manque à être que rien ne saurait combler, avec lequel il s’agit désormais de faire. L’analysant a appris sa semi liberté et sa responsabilité, le maçon essaie de développer les valeurs morales susceptibles de l’aider à poursuivre le grand Œuvre initié par Hiram.
Cela pourrait se dire sans doute plus simplement et autrement : accepter d’être mortel remplit d’humilité le cœur de tout homme et l’ouvre à la compassion au sens bouddhiste du terme. Cela est vrai pour l’analysant à la fin de son analyse, cela est vrai pour le maçon appelé à renaître.
Tous ces propos que vous venez d’entendre ne sont œuvre que de mes réflexions et de mon délire personnel, celui d’être un idiot. Ils appellent, mes frères, vos interrogations, commentaires et réflexions.
Février 2011