“Tu quitteras ton père et ta mère” (Les
Evangiles)
En maçonnerie, il y a un
symbole qui revient souvent, celui de mourir pour renaître. Je pense que cela
rejoint de nombreux de mythes universels, figurés de différentes façons selon
les cultures et en des temps différents, par exemple Isis et Osiris chez les
Egyptiens, la mort et la résurrection du
Christ dans le christianisme, etc
Dans tous ces mythes, il y
a quelque chose de commun : l’idée d’un passage d’un
état à un autre, d’une trans-figuration, sous condition de traverser des
épreuves difficiles voire transgressives: les enfers, la mort, passage
d’un état d’ignorance à un état de connaissance, à rapprocher des
récits bibliques de
Cette logique est aussi
celle de la maçonnerie symbolique, du moins dans les Obédiances
spiritualistes : mourir pour renaître
Le concept de Connaissance soulève beaucoup de questions.
Il convient de le différencier tout d’abord de celui de savoir. Le savoir
est le fruit de l’acquis, que ce soit par l’enseignement ou
l’expérience, alors que
Mais revenons à des choses
plus prosaïques. L’enfant, nouveau-né d’un homme et d’une
femme, habitants-habités d’une communauté
humaine historiquement datée avec ses rites, croyances, se présente dans le
monde avec toute son innocence, ouvert à toutes les sensations, à toutes les
perversions (“pervers polymorphe”
selon FREUD) et stimulations physiques et psychiques, à toutes les Connaissances ?
Mais voilà que sa famille et sa communauté d’origine lui intime
l’ordre conscient ou inconscient de percevoir le monde tel qu’il
est, c’est-à-dire tel qu’il est à leurs yeux. Or selon les
cultures et les époques la perception des objets matériels et des objets
psychiques n’est pas la même.
Certes, le petit
d’homme va s’y adapter et s’il n’est pas
particulièrement rebelle, paumé, rejeté, curieux, il se conformera aux attentes
des siens et il vivra dignement sa vie humaine dans sa communauté
d’appartenance, dont il partagera avec ses compatriotes, sans en douter,
les convictions. Il mourra un jour, peut-être dans la sérénité et l’amour
des siens.
Autre est celui qui jette
un regard relatif et critique sur les valeurs, idées, morale reçues. S’il
accepte le défi, le voilà marginalisé dans sa propre communauté, de son fait et
de celui de ses compatriotes. Le voilà confronté aux questions
fondamentales : qui suis-je, où vais-je, que veux-je ? Le voilà
engagé dans un processus au cours duquel toutes les valeurs, croyances reçues
vont se vider de leur contenu symbolique. Le voilà seul, dépouillé de son
héritage, seul et nu devant l’Univers, devant Le Grand Architecte de
l’Univers sans nom. C’est la traversée du désert, de l’enfer,
l’apprentissage de la vie, de sa vie à travers l’expérience du
“ retour aux choses mêmes”
(Husserl), la confrontation du Soi aux éléments, aux savoirs reçus, à
l’issue de quoi peut-être, un humain libre et responsable va prendre
place parmi ses congénères, « un
parmi d’autres » (Denis Vasse) dans sa
singularité.
Au départ, il avait une
place désignée. Après cette sorte d’initiation, il prend place, parle et
agit en son nom propre, ce en quoi, il est un humain libre et responsable,
ayant pour boussole en tout et pour tout sa conscience, dont la limite est la
révélation de n’être pas lui-même l’origine de sa propre
conscience. Le voilà donc condamné à vivre sa liberté, à honorer sa responsabilité,
en s’en remettant à une Conscience transcendantale, dont il ne sait rien
d’autre que de se savoir en être le sujet.
Ne serais-ce pas là le
sens des mythes de transfiguration que j’ai évoqués au début de ma
planche ? Qu’en pensez-vous ?
Bernard DOULET