La Justice
Pour maintenir un certain ordre social, les
démocraties où les gouvernants instituent des règles ou lois. C’est la
justice, que j’écris avec un j minuscule ; cette justice demande des
comptes ou punit éventuellement ceux qui
contreviennent aux lois instituées, lois avec un l minuscule. Chacun de nous,
selon la culture et le régime politique auquel il est assujetti, doit se plier
à de telles lois s’il ne veut pas encourir des ennuis judiciaires.
La Justice, au sens religieux
du terme, tout comme au sens maçonnique, fait référence, à mon sens, à une
vertu beaucoup plus intérieure, à quelque chose qui aurait à voir avec
l’éthique, avec la conscience morale. Le sens de la Justice, dans cette
acception, se conçoit par analogie aux cinq sens que sont la vue, l’ouie,
etc. C’est en quelque sorte un sens intérieur que possède le sujet dont
le perfectionnement intérieur ou l’intuition l’a conduit à la Sagesse. En effet, l’être
sage tend, par nature, à maintenir un équilibre entre les forces du Bien et les
forces du Mal, entre l’Eros et le Thanatos, entre le principe de plaisir
et le principe de réalité, entre le besoin à l’état brut et le désir qui
tient compte de son objet en tant qu’autre. En effet, pour que deux êtres
de pulsions puissent se respecter, voire cœxister
de façon conviviale, un tiers est nécessaire. Ce tiers est avant tout la Parole, Le Logos. Un de mes
collègues disait à qui voulait l’entendre que l’amour se faisait
par l’oreille, voulant signifier par là que tout être civilisé qui considère
autrui comme son égal, le désir de relation sexuelle s’annonce
d’abord par des mots d’amour. L’amour est, en ce sens la
sublimation de la pulsion sexuelle animale qui a pour but la reproduction. Le
Logos, La Parole,
nous voilà renvoyés à l’épilogue de l’évangile de Jean
Ainsi en est-il de la Justice avec un grand J.
Elle est le fruit non de la morale mais de l’Amour, le fruit du Cœur
et non de l’Intellect. Elle fait appel, en chacun de nous, à un sens qui
transcende l’instinct animal, voire la culture humaine et ses lois. Les
enfants ont notion de cela et ils l’expriment, quand punis, ils pleurent
de chagrin en disant : c’est pas juste.
Cette Justice là, ce
sens intérieur, est inséparable d’autres vertus, telles que la Tolérance, la Tempérance, le
Pardon, voire l’amour de l’ennemi, celui-ci n’étant en somme
mon ennemi que parce que je projette sur lui tout ce que je voudrais bannir de
moi, expulser hors de moi : la peur de l’inconnu, de la face cachée
de moi-même. Je te hais parce que tu incarnes ce que je refuse de reconnaître
et d’accepter en moi-même.
Mardi 14 décembre 2004 Bernard Doulet