Franc-maçonnerie et religion
Albert LANTOINE (1869-1949), membre du conseil suprême
du REAA disait : «
Pour
avancer quelques idées, j’ai lu des ouvrages de Jean Bottéro,
notamment « La plus vieille des
religions, En Mésopotamie » et « La naissance de Dieu », des
articles du dictionnaire des religions dans la collection Larousse, divers
articles piochés ci et là sur les concepts de déisme et de théisme (Déisme :
croyants en Dieu qui rejettent toute révélation et tout culte extérieur), théisme :
croyance à l’existence de Dieu). J’ai lu également des articles dans Wikipédia sur le concept de Grand Architecte de l’Univers
et j’y ai appris que c’était un concept
provenant de la religion naturelle. On trouve ce concept déjà chez Cicéron,
chez Calvin plus tard dans « Institution
de la religion chrétienne », et surtout dans la philosophie des
Lumières (Par exemple Newton dans cette citation : « Il résulte de la perfection suprême
de Dieu qui, en produisant l’Univers, a
choisi le meilleur plan possible … ».
Je
ne vais pas m’étendre davantage sur cette anthologie des concepts d’une origine
divine de notre condition humaine dans l’ « ordre » (entre
guillemets) cosmique. En effet mon propos n’est pas de produire devant
vous une compilation d’écrits d’uns ou d’autres, même s’ils ont fait date, mais
de vous faire part de ma modeste réflexion à travers mon expérience
individuelle et l’enseignement, je devrais plutôt dire la vision personnelle du
monde que j’en ai acquis.
Les religions, me semble-t-il, sont construites sur
l’idée d’un principe transcendant et organisateur. Ce principe peut faire
l’objet d’une révélation. C’est le cas des trois grands monothéismes que nous
connaissons : la religion juive avec Moïse, le christianisme avec JC mais
surtout St Paul, l’Islam avec Mahomet. Dans ces religions Dieu intervient
auprès des hommes et leur dicte leur conduite.
Dans d’autres systèmes religieux non révélés, ainsi
dans l’animisme, il n’y a pas un Dieu organisateur et interventionniste :
chaque élément, voire chaque particule du monde, est animée d’un esprit propre
et possède sa propre influence sur les autres. Dans l’animisme, les êtres
humains, pour influencer les phénomènes, utilisent des rituels complexes et des
objets symboliques tels que les gri-gri.
Voici, introduit, un mot auquel nous sommes
coutumiers : les rituels ou rites : on les trouve dans les religions
révélées et dans les religions non révélées. Ils servent, me semble-t-il, à
produire l’émergence d’états modifiés de la conscience chez les êtres humains
qui les pratiquent et qui espèrent acquérir avec leur aide des pouvoirs
magiques, tels que celui de guérison ou celui d’induire la mort d’un ennemi par
exemple.
Qu’en est-il de
Ma
conviction personnelle, c’est que ces deux croyances impératives, à savoir la
croyance en un principe créateur et en l’immortalité de l’âme, en font une religion,
certes non révélée, mais basée sur ces deux dogmes apparemment intangibles.
La conduite sociale et éthique des francs maçons n’est
pas dictée par des préceptes ou lois divines révélées à un prophète mais par
des principes moraux réfléchis et rationnels. Certains reconnaîtront là
l’influence déterminante du siècle des Lumières, place à la raison après tant
de siècles d’obscurantismes ! En cela elle diffère des religions révélées.
Ces
principes moraux peuvent être très exigeants puisqu’ils nécessitent de dominer,
apprivoiser les passions. Pour cela il ne suffit pas d’un savoir
intellectuellement acquis. Chacun sait que la nature ne se laisse pas
facilement apprivoiser. (Des programmes de redressement sont mis en place pour
les enfants mal éduqués, les « sauvageons » comme il a été dit).
Les instruments de
Personnellement, le modèle des religions, que j’ai
rejeté depuis bien longtemps, n’a jamais cessé de m’interpeller dès mon entrée
en FM il y a 12 ans et au fur et à mesure de l’avancée de mon questionnement,
il m’est devenu de plus en plus évident que
Mais
alors, après tout ce que je viens de vous livrer, pourquoi suis-je encore en
FM ?. Voilà une vraie question qui se pose à moi
et à laquelle et à ce jour je n’ai pas trouvé de réponse. Il est vrai que peu
ou prou j’ai toujours été fasciné par les maîtres à penser et que sans doute je
le reste encore. La différence, c’est, qu’auparavant j’avais tendance à leur
faire crédit. J’ai peu à peu réalisé que ce qui brille peut faire illusion et
pousser à la crédibilité pour ne pas dire croyance. Or, chacun ne connaît
vraiment quelque chose que s’il l’a expérimentée. Ce ne sont pas les
catéchismes qui nous forment mais bien nos actes, nos actions avec leurs
conséquences agréables ou désagréables pour soi ou pour autrui. L’expérience
d’autrui a cessé pour moi d’avoir valeur d’exemple. Elle est devenue un simple
témoignage relatif à une expérience singulière.
Bien sûr, il serait tellement plus simple de se
conformer à des modèles et de les suivre comme les moutons de Panurge ou bien
d’obéir au fouet et à la récompense, à la peur de l’enfer ou aux promesses d’un
paradis à venir. (Je vous invite à relire Nietzsche et notamment « Par delà le bien et le mal »…..)
Personnellement
j’essai de me détacher de toute illusion, de toute croyance, de toute
fascination, y compris narcissique et ce n’est pas si facile… La libération,
l’affranchissement des mirages culturels, collectifs, cultuels et rituels est
une démarche que je privilégie. Je sais que pour beaucoup d’entre vous, mes
frères, la quête de la liberté
intérieure, le dépouillement (laisser ses bijoux à l’entrée du temple), le
délestage de toute entrave à la liberté de penser et de vivre, vous est chère
autant qu’à moi. Elle n’est pas la seule vertu, la seule valeur promue en FM.
Il y a aussi l’égalité et la fraternité, les trois emblèmes de
Par un curieux paradoxe
Nous
constatons régulièrement dans nos Loges des luttes de pouvoir pour accéder aux
plus hauts grades. Généralement nous le déplorons mais ne serait ce pas un
effet pervers de notre croyance dogmatique en un principe organisateur de
l’univers qui ne nous laisserait peu de marge d’initiative sauf à penser n’y
être pas soumis nous-mêmes.
La
soumission, même volontaire, à un ordre moral transcendant, ne serait-il pas le
mouvement essentiel requis par les religions à chacun de ses membres ?. A ce sujet je vous invite à relire l’ouvrage de Freud
intitulé « l’avenir d’une
illusion ».
A ces systèmes religieux, le plus souvent occidentaux,
dont je pense que
Je suspends là cette planche avec la certitude que je
n’ai pas vraiment répondu à une attente, qui n’était
probablement que la mienne à savoir si
Novembre
2009,