De le
naissance à la mort ou du cri au soupir (ou pourquoi, le langage n’est pas à prendre
au pied de la lettre)
L’être humain aborde le monde dans un cri, il
le quitte dans un soupir.
Le cri, le soupir, est-ce de la parole ou du
corps ? Certainement, chacun peut y aller de son interprétation.
Pour commencer, voici une courte blague pour
susciter le rire (même question pour le rire que pour le cri et le
soupir !) : il s’agit d’une femme, non désireuse
d’enfant et, de ce fait, prenant la pilule. Malgré tout, elle tombe
enceinte et finit, sans enthousiasme, par garder le bébé. Le jour de la
naissance arrive. Le bébé qui vient de naître, au lieu de crier, comme tous les
bébés du monde, se met à rire. Sa mère lui jette un regard de travers.
C’est à ce moment que le bébé ouvre
sa petite main dans laquelle il avait dissimulé la pilule.
Cette blague laisse entendre que chez l’enfant
à naître, il y aurait du désir. Cependant, on estime habituellement que le
désir se situe du côté des géniteurs : on peut appeler çà désir
d’enfant. Que l’on fasse porter ce désir à l’enfant est une
autre affaire !
Quoi qu’il en soit, désir du désir de l’Autre (Hegel, Lacan) aidant, le petit
d’homme va épouser le code langagier, sédimenté en culture, au moyen
duquel les adultes humanisés communiquent entre eux.
Que communiquent-ils ? A premier abord, il y
apparaît des choses bien anodines du style « passe-moi
le sel ». A y regarder de plus près, c’est un désir de
reconnaissance mutuelle, réciproque qui est en jeu dans ces dires anodins.
Langage utilitaire ? Çà c’est la surface ; Véhicule de désir de
reconnaissance («désir du désir de
l’Autre » selon Hegel et Lacan), d’affrontements de
désirs, d’expressions d’amour ou de haine (interface du même), là
est l’essence, la motivation du langage. Le leurre est du côté du
contenu : « l’index
montre la lune, l’imbécile regarde le doigt » (dicton asiatique).
Malheur à celui qui prend le leurre pour
Le réel
(le cri, le rire, le soupir), cet impossible à dire, n’est pas sans le symbole qui lui permet, à travers la
tromperie, de laisser circuler
Car,
« La
vérité n’est pas toute » ainsi que dit J. LACAN, qui s’empresse
d’ajouter, « pas toute à se
dire, en tout cas et c’est en cela qu’elle tient au réel »
(Télévision, 1973, Edit. du Seuil) .
Bernard DOULET, février 20001