Croyance et Foi

 

Jeté là dans un monde que je n’ai pas choisi, je suis de fait héritier d’une culture que je n’ai pas choisie ; cette culture dans laquelle, si je puis dire, je suis tombé en venant au monde, se présente comme un tout relativement cohérent avec ses mythes fondateurs de l’univers et de l’homme, ses croyances en un devenir après la mort. De ce fait à chacune de mes questions, une réponse est déjà là toute prête. Je pense à mon neveu de 5 ans, qui venant de perdre son grand-père, demande à sa mère :  « Où est papi ?», laquelle lui répond immédiatement « il est au ciel ». Cela lui suffit, du moins pour l’instant, pour apaiser son angoisse.

Les mythes fondateurs répondent à mes questions puériles de savoir où j’étais avant ma naissance ; les croyances organisent le monde de façon à lui donner un sens, lequel se prolonge au-delà de la mort.

Ainsi, notre culture et nos religions sont des systèmes idéologiques puissants qui nous aident à fonder notre vie dans un cadre de sécurité existentielle maximum.

Cependant, tout cela tient bien mal avec la confrontation des cultures, le choc des cultures comme on dit, telle qu’elle est inévitable avec la mondialisation. Alors, une autre croyance, pour ne pas dire religion, tend à s’imposer, celle d’un progrès technique continu, qui vaincra à terme pauvreté, inégalité, voire mort individuelle…

A défaut, c’est le doute, qui s’installe à l’intérieur de la conscience individuelle, laquelle s’ouvre, comme une huître sur une béance qu’aucun savoir désormais n’arrive à colmater. Les assurances sur notre devenir, estampillées des meilleures maisons idéologiques, religieuses, philosophiques ou psychologiques, se dévoilent à nous comme autant d’impostures. Leur insistance ne fait désormais que confirmer leurs prétentions dérisoires. Leurs promesses d’un avenir meilleur inquiètent bien plus qu’elles ne rassurent : ainsi les manipulations génétiques et autres.

L’être collectif, si je puis m’exprimer ainsi, se retrouve nu, dénudé de toute signifiance. Les masques symboliques ne parlent plus. Non seulement Dieu est mort, mais sa mort ne nous laisse même pas l’espoir de rebâtir un monde de l’espoir. A défaut, la seule pratique qui soutient encore l’être dans son désir est celle du plus de jouir ; jouissance dans le sens le plus matériel du terme, celui de posséder, d’engranger du capital, du plus de gain.

Cependant, que le sentiment de notre finitude, la mort pour être clair, laquelle n’a rien affaire des espèces sonnantes et argentées, est rejetée aux confins de notre conscience. C’est tout juste si elle n’est pas déniée à travers le procès (processus) d’aseptisation qui lui est réservé à tel point que le travail de deuil est perçu comme indécent : il faut être positif, n’est ce pas, ne pas montrer la peine éprouvée à la perte d’un être cher, quitte à se gaver d’anxiolytiques et d’antidépresseurs.

Curieusement ce quasi déni de la mort et augmentation de la violence paraissent se générer l’un l’autre. Au nom du bien, de son bon droit et du droit à la vie, on tue sans état d’âme.

Jusqu’où faudra-il aller dans cette descente aux enfers pour que les êtres humains acceptent à nouveau en pleine conscience leur fragilité narcissique, leur impuissance, leur finitude.

C’est en effet seulement dans cette reconnaissance et cette acceptation, cette humilité du cœur qu’ils pourront prendre conscience de leur nécessaire complémentarité, de leur nécessaire solidarité et fraternité pour construire un monde dans lequel chacun d’eux aura accès à une place personnelle qui ne lui sera ni contestée ni convoitée, sans pour autant être un place attribuée d’avance.

L’Humanité se meurt, vive l’Humanité.

 

Bernard DOULET, juillet 2003 à Flaujac