« Vivre,
c’est naître lentement. Il serait un peu trop aisé d’emprunter des âmes toutes
faites ». Antoine de Saint-Exupéry
En
venant au monde, nous épousons le monde, ses valeurs, ses croyances, ses
mythes, ses us et coutumes : le monde de nos parents pour commencer et à
travers eux celui de l’histoire collective de notre communauté d’appartenance.
Notre identité que je qualifierai de moïque est faite de tout cela, y compris
des caractéristiques personnelles que notre milieu nous attribue ; plus
tard, nous épousons la « gestalt », le modèle et le terreau propre au
monde du travail et plus spécifiquement celui de l’entreprise dans laquelle
nous travaillons, mais aussi celui des groupes d’affinité, auquel nous adhérons
et dans lesquels nous pouvons probablement situer la franc-maçonnerie.
Tout cela façonne notre manière d’être au monde et
nous différencie des personnes issues d’autres cultures, croyances, etc
Nous pouvons dire que cela détermine et constitue
notre être social, celui de l’échange et du partage, celui auquel le langage
(dans le sens de la langue) prête sa voix.
Cependant, la réflexion philosophique sur nous-même,
nos expériences personnelles d’initiation spirituelle nous conduisent à
concevoir une dimension métaphysique de notre être. L’être métaphysique ne
connaîtrait en quelque sorte ni temps, ni culture, ni croyances. L’être
métaphysique est confronté à la solitude fondamentale, il est livré à une
liberté qui peut paraître absurde, tout en contre point de l’absence de
liberté, de l’aliénation de l’être social à ses déterminants et
conditionnements par son milieu d’appartenance au point que son libre arbitre
paraît bien mince.
La prise de conscience de l’être métaphysique
institue en nous une fracture ou plutôt une fission, une division qui ouvre
l’esprit humain et de part ce fait même lui permet de relativiser les
impératifs de son être social : la conscience d’une transcendance le
libère de sa dépendance, de sa coalescence au monde duquel il est pétri ;
Sa vision devient océanique, son regard scrute un horizon qui se dérobe
perpétuellement. Il réalise que telle
est sa condition humaine, que l’essence, l’essentiel de son être individuel
échappe en permanence à toute objectivation.
L’humanité n’est pas faite de la juxtaposition de
communautés humaines. Elle est le puits où chaque communauté vient puiser sa
substance et où chacune d’elle viendra s’engloutir.
Par analogie, on pourrait dire qu’au cœur de notre
être individuel gît un puits sans fond, dont seuls les bords seraient
accessibles à une perception sensible, telles des laves volcaniques qui
fertilisent les plaines de notre moi social.
Juillet 2003,
Bernard DOULET