Le Manque ment ou le manque comme mythetc "Le Manque ment ou le manque comme mythe"

 

S'il est vrai que l'être humain réalise son individuation subjective par l'introjection d'un tiers aimé-haï d'être le signifiant qui en un seul geste, le désigne sujet et le coupe de ce qu'il vivra désormais comme un souverain bien duquel il a chu, tel un paradis perdu, c’est à cet instant précis, tel un bing-bang, qu’est à situer l’émergence de l’idée de manque dans la conscience.

Autrement dit, la création du sujet et celle du manque sont corrélatives et concomitantes. Désormais, le supposé être humain ne peut se concevoir que divisé, coupé. 

Cette césure, comme dans le mythe de la genèse est conçue comme œuvre du père, fonction paternelle, du Dieu de la genèse.

Cette intervention paternelle, sorte d’injection  et d’injonction, castration symbolique des psychanalystes, chez le petit d’homme, introduit d’emblée la notion de ternaire : le trois préexiste au un et de ce fait le suppose, au point même de le substantifier, de l’élever au rang de l’existence,  et par déduction de faire exister le manque comme tel : un manque originel : « au début était le manque et le manque …….. ».

C’est pourquoi, faisant fi de toute logique langagière, je dis «  le manque ment » pour faire entendre que le manque ne saurait être une sorte de signifiant fondateur, un créateur ex’nihilo.

Le manque serait à rechercher plutôt du côté du manquement, du défaut originel, autrement dit du côté du réel  et non point du symbolique.

La soi-disant castration symbolique n’est que le constat au moyen du langage, de ce manquement, de ce défaut d’origine, qu’aucun signifiant ne saurait combler ou réparer. Une telle réflexion est tout juste bonne à dévoiler la vérité du sujet humain de n’être que « représentant d’un signifiant pour un autre signifiant », comme l’a si bien dit J. LACAN.

L’idée de l’Un n’en persiste pas moins dans l’esprit humain, soit au titre de l’imaginaire tel le mythe de l’androgyne, soit au titre d’un réel sur lequel se fonde alors un ordre dogmatique.

Notre sujet, non dupe de ce soi-disant manque et pourtant certain d’être coupé de ce qui, au moins dans l’imaginaire, à s’unir à lui serait capable de l’instituer comme Un, de lui restituer une supposée complétude originelle, se reconnaît cherchant dans l’errance la plus totale, en quête de ce qu’il sait d’avance n’être que leurre. Il sait, en effet, que l’existence, ce jeu et je de signifiants dans lesquels il baigne et par lesquels il se (fait) reconnaît(re), n’est en quelque sorte qu’un théâtre d’ombres, tel un voile pudiquement  jeté sur un réel sans nom, ce qui ne l’empêche pas d’être.

 

                                                                                      Bernard DOULET, juin 2001