Solitudes
Elle a traversé ma solitude un soir d’automne,
dans un parc public.
Sa beauté élégante se mouvait comme une étoile,
déchirant la pénombre.
Je sentis mon cœur battre très fort, mes tempes
résonnaient au rythme de ses pas.
Bien que je ne visse point, j’étais certain de
la présence d’un homme à ses côtés.
Je fus pris d’un vertige soudain et je
m’évanouis.
Quand je revins à moi, la nuit était profonde et
le parc était vide,
mais sa silhouette lumineuse et gracieuse
restait présente à mon regard.
A partir de ce moment là, je ne pensais plus
qu’à elle,
le jour, la nuit, que je ne différenciaient
plus.
Un matin, je crus la reconnaître dans la rue.
Mon cœur à nouveau, se mit à battre la chamade, dans ma poitrine en feu. Il
était là aussi, j’en étais sûr.
Un passant jeta un regard sur moi. Ce regard
avait quelque chose de particulier, il ne se contentait pas de me regarder, Il
semblait me dire quelque chose.
Je réalisais subitement, qu’il avait toujours
été là, qu’il me poursuivait de toute éternité. Il s’incrustait au plus profond
de mon être.
Je ne savais pas comment m’en délivrer. Même le
jardin à la tombée du jour, la couette dans laquelle je me lovais la nuit dans
ma chambre de célibataire ne m’apportaient plus la détente escomptée.
Pour le fuir, je me mis à parcourir la ville, à
la recherche de cette femme, dont je ne doutais plus qu’elle avait un instant
traversé ma conscience solitaire, poussée par un destin, pour venir habiter mon
âme, apaiser ma soif, cette brûlure qui diffusait de mon cœur à tous mes sens.
Toutefois, plus je la cherchais dans le méandre
des rues et des passants, plus le regard me poursuivait, de plus en plus
prégnant. Il s’accrochait à des visages différents, mais c’était le même
regard. Il n’était plus seulement énigmatique. Il me transperçait de ses
flèches de plus en plus acérées et douloureuses.
Un midi, à l’heure où le soleil était au zénith,
que la chaleur déposait ses fines perles sur mon front, j’entendis clairement
cette phrase : « je t’aurai ».
Secouant ma torpeur, je me retournais. La foule
se pressait à mes côtés. Je ressentis à cet instant, le même vertige que le
soir où elle m’était apparue.
J’étais pris de peur, je me mis à courir,
haletant comme un condamné à mort traqué par ses bourreaux. Ai-je crié ?
appelé au secours ? Je ne m’en souviens pas et je ne sais pas ce qui s’est
passé ensuite.
Quand je revins à moi, j’étais allongé dénudé
sur un lit, les bras et les jambes attachés, dans une chambre sans visage et
sans âme. J’étais seul, mais ce n’étais plus la même solitude. Elle était là,
près de moi. Sa lumière m’enveloppait.
Soulagé, je me laissais aller au plus doux des
repos, que je ne connaissais plus depuis ce soir, où je l’avais vue pour la
première fois.
J’entendis mes lèvres murmurer dans un souffle
« je t’aime » et je m’endormis.
Bernard DOULET, janvier 2000